dimanche 10 février 2019

Les Semaines de La Folie Ordinaire du 16 Mars au jeudi 4 Avril 2019, soirée Connexion le 21 mars à la maison du Chemin vert

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 Les Semaines de La Folie Ordinaire 

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A l'ère du numérique, la santé se monnaie et la psychiatrie en est plus que jamais le parent pauvre.
Au sein du service publique, dans la plupart des hôpitaux psychiatriques, les conditions d'accueil se dégradent et les soins se standardisent. L'intérêt pour la synapse supplante la relation et le management remplace l'empathie.

Pour lutter contre cet état de fait, le collectif  Artaud se remue les méninges et vous donne à voir, à entendre et à ressentir les témoignages d'une pratique qui soutient le lien social et humain, qui permet à travers des propositions de créations hétérogènes, une vie vivante et vivable, des possibles.

Pour la 9e édition, un réseau constitué d’électrons libres du Collectif Artaud, soucieux de ces questionnements, vous propose:

Une projection du film "Nous, les intranquilles" co-réalisé par Nicolas Contant et le groupe cinéma du centre Artaud, suivie d'un débat
Vendredi 1er Mars à 20h30


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à la Spirale, 18 avenue du bois des amourettes, Fismes.
Entrée libre sur réservation au 03.26.48.81.28 
Lien vers la bande annonce: https://vimeo.com/257725566


Une exposition des oeuvres réalisées en individuel ou dans les ateliers d'expressions du Centre Artaud, du Centre Camille Claudel, du GEM La Locomotive et des clubs thérapeutiques du pôle 51ZR4 

du samedi 16 Mars au jeudi 4 Avril 2019
à la Maison de la vie associative
22 bis rue du barbâtre, Reims

Vernissage interactif le mardi 19 Mars à 18h
Entrée libre


Une soirée débat "Connexions"....

Présentation des ateliers du Centre Artaud, du Centre Camille Claudel, du GEM La Locomotive et des clubs thérapeutiques du pôle 51ZR4. 
Courts métrages de l'association HumaPsy.

Débat sur l'actualité de la psychiatrie avec Philippe Borrel, réalisateur des documentaires "Un monde sans fous?", "un monde sans humains?", Nicolas Contant, co-réalisateur du film "Nous les intranquilles" et des membres du Collectif Artaud.

Le Jeudi 21 Mars de 17h45 à 21h30
à la maison commune du chemin vert
Place du 11 Novembre, Reims
Entrée libre


Une conférence théâtrale "l'homme au schizomètre" 
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Le Jeudi 28 Mars à 19h30
à la maison commune du chemin vert
Place du 11 Novembre, Reims.
Entrée libre



Venez nombreuses et nombreux!
Le Collectif Artaud


dimanche 3 février 2019

PROGRAMME DE LA CRIÉE 2018/2019 Jeudi 28 février 2019 21h00 au centre Artaud Georges ZIMRA






PROGRAMME DE LA CRIÉE

2018/2019

L'ENGAGEMENT DANS L'ESPACE DE  LA RENCONTRE TRANSFÉRENTIELLE


             Le travail sur « l’imaginaire dans la clinique » nous a conduits à l’entrecroisement de plusieurs motifs cruciaux que nous pourrions remettre au travail  cette année. L’enjeu de la rencontre transférentielle dans la psychose, mais aussi dans d’autres configurations cliniques, insiste sur le registre de « l’image inconsciente du corps ». Le travail inaugural de Gisela Pankow,  sa conception d’un « phantasme » à faire surgir dans la cure comme structure générative de la capacité à fantasmer, constitue un point d’appui essentiel pour que le sujet puisse accéder à un espace imaginaire. Ce qui reste problématique et difficilement transmissible concernerait la capacité de chaque thérapeute, de chaque soignant à « entrer dans la danse » (Davoine) et à s’y tenir. Pankow parle fort justement de « descente aux enfers »  à propos de cette « approche du dedans », et donc du partage de zones de catastrophe, voire des « aires de mort » psychique évoquées par Benedetti. Le thérapeute s’y risque, avec son corps et son « être au monde », en se rendant compte d’entrée de jeu de la faiblesse de l’appui sur une « pensée héritée »(Castoriadis). Miser sur le désir inconscient suppose sans doute une sorte d’acte de foi laïque dans l’inconscient, et la possibilité de produire une première forme, une gestaltung, « forme formante » génératrice de l’espace à construire, et peut-être d’une historicité pour « le sujet potentiel » qui surgirait dans le transfert. 
Il faudrait insister également sur la théorisation incessante pour chaque thérapeute qui s’inscrit sur les traces de ceux qui lui ont précédés, tout en réinventant « une boite à outils métapsychologique » personnelle, évoluant tout au long de sa vie. Quel serait le ressort intime de l’énergie nécessaire pour supporter de telles traversées au long cours ? Le Collectif pourrait-il constituer un point d’appui qui permette à ceux qui en ont le désir de s’avancer tout en s’étayant sur des constructions institutionnelles suffisamment solides, mais également malléables autant que nécessaire ? Cette malléabilité serait en relation intime avec « l’aire de jeu » dégagée par Winnicott, matrice de toute la créativité ultérieure dans la psychanalyse, la psychiatrie, mais aussi les œuvres d’art qui en témoignent dans la Culture. 
Or nous savons par expérience que cette créativité peut être entravée, empêchée par des forces hostiles au désir, que nous pouvons mettre en rapport avec la pulsion de mort dans son versant d’anéantissement. Remarquons la coalescence actuelle entre ces forces de mort et l’emprise économique et idéologique des politiques néolibérales. Dès lors l’engagement dans le transfert s’intriquera nécessairement avec une prise de position politique. C’est l’enjeu des « pratiques altératrices » (Dardot), qui nous permettent de rester vivants dans nos institutions afin d’éviter qu’elles ne se transforment en nécropoles.

 Autant dire que l’analyse institutionnelle permanente, qui suppose elle-même une énergie considérable, va engendrer des turbulences. Travail indispensable pour un « désir travaillé » et la possibilité d’un horizon d’attente, qui ne méconnaisse pas la réalité de l’aliénation sociale et politique. 


Bibliographie :

Comme l’argument l’indique, nous pourrions relire les ouvrages de G. Pankow
-Structure familiale et psychose
-L’homme et sa psychose
-Structuration dynamique dans la psychose
- Leur réinterprétation par Jean Oury, en particulier dans le séminaire sur
 « les symptômes primaires de la schizophrénie »
Gaetano Benedetti :
Psychothérapie de la schizophrénie : existence et transfert (interview par Patrick Faugeras)
« La folie en partage » (ed Eres)
 Il est probable que nous ferons un détour par H.Maldiney: « Regard, parole, espace ».

 Nous prendrons un temps également autour du livre récent de Philippe Refabert « Comme si de rien » aux ed Campagne Première avec une après-midi de travail avec lui.




 ANNEE 2019




CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 28 février 2019
21h00 au centre Artaud

Georges ZIMRA
Psychiatre et Psychanalyste
Présentera son livre
« Les religions à l’épreuve de la modernité »
Editions Cécile Defaut


SEMINAIRE

Lundi 01 avril 2019
21h00 au centre Artaud


CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 25 avril 2019
21h00 au centre Artaud

Christophe CHAPEROT
Psychiatre, Psychanalyste



CONFERENCE/DEBAT

Samedi 25 mai 2019
14h00 au centre Artaud


Philippe REFABERT
Psychiatre et Psychanalyste
Viendra présenter son livre
« Comme si de rien »
« Témoignage et psychanalyse »
éditions Campagne Première



CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 27 juin 2019
21h00 au centre Artaud

Françoise DAVOINE
Psychanalyste




LA CRIEE
Centre de Jour A. Artaud – 40 rue Talleyrand – 51100 REIMS
Tél. : 03.26.40.01.23 – Fax : 03.26.77.93.14  g04.extra@epsm-marne.fr


mercredi 16 janvier 2019

Printemps de la psychiatrie : Manifeste pour un renouveau des soins psychiques


Printemps de la psychiatrie
Manifeste pour un renouveau des soins psychiques

La psychiatrie et la pédopsychiatrie n’en peuvent plus. Depuis déjà plusieurs décennies, ceux qui les font vivre ne cessent de dénoncer leur désagrégation et de lutter contre le déclin dramatique des façons d’accueillir et de soigner les personnes qui vivent au cours de leur existence une précarité psychique douloureuse. En vain le plus souvent. Ce qui est en crise, c'est notre hospitalité, l’attention primordiale accordée à chacun et à un soin psychique cousu-main, à rebours du traitement prêt-à-porter standardisé qui se veut toujours plus actuel. Les mouvements des hôpitaux du Rouvray, Le Havre, Amiens, Niort, Moisselles, Paris, etc… ont su bousculer l’indifférence médiatique et rendre visible au plus grand nombre le chaos qui guette la psychiatrie. Pour percer le mur du silence, il n’aura fallu rien de moins qu’une grève de la faim …

Devant cette régression organisée, nous nous engageons tous ensemble à soigner les institutions psychiatriques et à lutter contre ce qui perturbe leur fonctionnement. Patients, soignants, parents, personnes concernées de près ou de loin par la psychiatrie et la pédopsychiatrie, tous citoyens, nous sommes révoltés par cette régression de la psychiatrie qui doit cesser. Il s’agit pour nous de refonder et construire une discipline qui associe soin et respect des libertés individuelles et collectives.
Contrairement à la tendance actuelle qui voudrait que la maladie mentale soit une maladie comme les autres, nous affirmons que la psychiatrie est une discipline qui n’est médicale qu’en partie. Elle peut et doit utiliser les ressources non seulement des sciences cognitives, mais également des sciences humaines, de la philosophie et de la psychanalyse, pour contribuer à un renouveau des soins axés sur la reconnaissance de la primauté du soin relationnel. Notre critique de ce qu’est devenue la psychiatrie ne peut faire l’impasse sur la responsabilité de ses gestionnaires.

Les avancées de la recherche scientifique ne peuvent durablement être confisquées par des experts auto-proclamés dont les liens avec l’industrie pharmaceutique sont suspects. Les savoirs scientifiques ne doivent pas servir d’alibi à des choix politiques qui réduisent les sujets à un flux à réguler pour une meilleure rentabilité économique. Nous sommes face à une véritable négation du sujet et de sa singularité, au profit de méthodes éducatives, sécuritaires ou exclusivement symptomatiques. Les interdits de pensée sont devenus la règle d’une discipline où l’on débat de moins en moins. La psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, et se moque des réductions idéologiques. Toute approche privilégiant une réponse unidimensionnelle est nécessairement à côté. Nous récusons, dès lors, toute politique d’homogénéisation des pratiques. Une politique qui détruit la cohérence des équipes et instrumentalise la parole des patients fige la capacité d’inventer à force d'injonctions paradoxales, dans la nasse de discours sans épaisseur et mortifères.

Aussi, si le budget de la psychiatrie, sans cesse rogné depuis des années, doit  être largement revalorisé, comme l'exigent toutes les mobilisations actuelles, c'est l'appauvrissement des relations au sein des lieux de soins qui est notre souci premier. La standardisation des pratiques protocolisées déshumanise les sujets, patients et soignants. Le recours massif aux CDD courts, le tarissement organisé de la formation continue, l’inadéquation des formations initiales qui privilégient cours magistraux et visionnages de DVD sans interactions entre les étudiants et leur formateur, contribuent à la désagrégation des équipes au sein desquelles le turn-over est de plus en plus important. La continuité des soins et la cohésion des équipes en sont durablement compromises. Nous devons opposer à cet état de fait la spécificité de la maladie psychique, qui sous-tend la nécessité d’une approche singulière et d’un travail spécifique d'équipes pluridisciplinaires en institution psychiatrique ainsi que dans le médico-social, et la co-construction d’alliances thérapeutiques fécondes avec les personnes accueillies. C'est tout le monde de la psy et des psys, en institution ou pas, qui est concerné.

Nous voulons en finir avec l’augmentation continuelle du recours à l’isolement et à la contention, la contrainte doit cesser d’être la norme. Le droit des patients, hospitalisés ou non, est régulièrement ignoré, parfois volontairement bafoué. Cette violence institutionnelle, régulièrement condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, touche en premier lieu les soignés, mais affecte aussi les soignants. La psychiatrie et le secteur médico-social doivent pouvoir s’appuyer sur des équipes stables avec des personnels non interchangeables quel que soit leur statut. Ils doivent pouvoir bénéficier d’un assise solide qui autorise la parole et propose de véritables évolutions de carrière.

Au-delà du soin, nous voulons travailler à des accompagnements alternatifs, nouer des liens équilibrés avec les différentes associations qui œuvrent dans la cité. Nous voulons multiplier les lieux qui cultivent le sens de l’hospitalité avec un accueil digne et attentif aux singularités de chacun.
Nous nous engageons à participer, organiser, soutenir tout débat, toute action ou mouvement cohérent avec ce manifeste, avec tous les professionnels, leurs syndicats, les collectifs, les associations de familles et d’usagers, et l’ensemble des citoyens qui souhaiteraient soutenir et développer une psychiatrie émancipatrice du sujet.

Nous appelons à participer à la manifestation nationale du 22 janvier à Paris.


Debout pour le Printemps de la psychiatrie !

Liste des groupes et syndicats soutenant l'initiative :

Appel des appels (ADA) ; Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile ; Association méditerranéenne de psychothérapie institutionnelle (AMPI) ; CEMEA ; CGT du CH de Lavaur (81) ; Collectif des 39 ; Collectif national des psychologues hospitaliers ; La Criée ; Ensemble ! ; Fédération Des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques ; Le Fil conducteur Psy ; Humapsy ; Inter-collèges des psychologues hospitaliers ; PCF ; Pinel en lutte ; Le Point de Capiton ; Les Psy causent ; Psychiatrie Parisienne Unifiée ; Psy soins Accueil ; La Rattroupe, collectif soignant ; Réseau Européen des Santé Mentale Démocratique ; SERPSY ; Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) ; Fédération Sud Santé Sociaux ; Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)

mardi 15 janvier 2019

22 janvier Journée Nationale pour la psychiatrie à Paris, 11H Place de la république

Chers amis, chers collègues,

Nous sommes très heureux de vous inviter à nous rejoindre pour cette journée nationale de la psychiatrie, à Paris, le 22 janvier. La mobilisation s'annonce très suivie, de nombreux hôpitaux en lutte, associations, collectifs et organisations seront présents. 
Que cette journée fasse suite à une année de la psychiatrie! 
Nous nous levons enfin pour exiger le droit à la dignité dans nos lieux de soins et à la pensée de nos pratiques. Nous osons enfin appeler publiquement à ce réveil pour nous faire entendre! Et ce n'est qu'un début... 


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dimanche 16 décembre 2018

Blog de la FEDEXC

Bonjour tout le monde !

Le blog est en ligne, https://fedexc.interweb.site ,  il ne reste plus qu’à le remplir, le partager, l’alimenter, vous pouvez adresser vos propositions, informations, actualités… 
Par courriel à : contactfedexc@gmail.com

Prochain rendez_vous: Le samedi 09 FÉVRIER, 14h30 au « Lieu-dit », 6 rue Sorbier 75020 Paris.


mardi 12 juin 2018

Livre "Le Collectif à venir", Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle


Le Collectif à venir

Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle 

Le Collectif à venir

https://www.editions-eres.com/ouvrage/4254/le-collectif-a-venir


Le Collectif à venir indique d’emblée la dimension et le projet politique de ce livre, au sens de : comment s’organiser, comment se regrouper, comment agir ensemble ? Ou encore : comment créer du commun ?
Les auteurs rassemblés par La Criée, association créée en 1986 à Reims, exercent dans des institutions psychiatriques. En s’appuyant sur ceux qui les ont précédés, et en particulier sur la pensée de Jean Oury, ils témoignent de leur résistance opiniâtre contre les folies évaluatrices et les volontés de mise au pas de la Haute Autorité de santé, qui s’institue aujourd’hui en « police de la pensée » du soin et des pratiques. Ils montrent comment leur clinique prend sens dans un collectif à construire et à entretenir en ayant le souci de tenir le cap des « praxis instituantes », autrement dit de relancer sans cesse la création de lieux d’accueil et de soins qui s’appuient sur la créativité et la parole mise en acte de ceux qui s’y tiennent : patients, soignants, mais aussi familles et personnes concernées.

"Se raser dans la rue".Mary Dorsan, samedi 10 juin 2018.


Se raser dans la rue.

Vendredi 8 juin 2018, neuf heures, l’hôpital de jour ouvre ses portes. Un patient entre au poste de soin et s’adresse aux soignants : « Ce matin, je me suis rasé dans la rue. Devant un camion. Enfin, dans le rétroviseur. Il n’y a pas de miroir dans ma chambre d’hôtel ».
Je suis infirmière et écrivain et j’ai honte. Du service public. Dès neuf heures du matin.
Voilà ce matin les premiers mots de Gaëtan, trente ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré son traitement médicamenteux lourd et ses effets secondaires encore plus lourds (Gaëtan bave abondamment et chie difficilement).
Je vois Gaëtan face à moi, j’écoute Gaëtan qui me parle et je me dis qu’à l’hôpital psychiatrique du Rouvray, des infirmiers font la grève de la faim. Pour obtenir des postes de soignants supplémentaires.  Ainsi que l’ouverture de deux services spécialisés. L’un pour les adolescents, l’autre pour les détenus. Ces soignants grévistes ne supportent plus la présence d’enfants perdus parmi des adultes parfois virulents, souvent agités, aux regards intenses ou hagards (lorsqu’ils sont si sédatés que se sont les murs qui les tiennent debout, que ce sont leurs pyjamas qui leur donnent forme).  Ils s’inquiètent de la cohabitation de détenus avec des patients (comme des adolescents) qui ne le sont pas…
Face aux tutelles (au mieux silencieuses au pire indifférentes), des infirmiers ont cessé de s’alimenter et affirment que la clef à molette qu’est le neuroleptique dans le garage de l’hôpital ne suffira jamais à soigner les malades.
Les soignants grévistes affirment qu’eux-mêmes comptent autant sinon davantage que les milligrammes. Même si une relation, un lien, leur qualité, leur profondeur, ne se mesurent pas.  
Ce matin, avant de venir au travail, chez moi où mon fils peut se raser devant un miroir (placé au-dessus d’un lavabo neuf dans notre jolie petite salle de bain récemment rénovée), chez moi dans le bureau de mon mari (sur son ordinateur haut de gamme toujours allumé), j’ai lu que l’un des grévistes de la faim avait été hospitalisé car les médecins craignaient pour lui des séquelles irréversibles.
Antoine (cinquante ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré les traitements lourds aux effets secondaires invalidants) n’a pas eu d’eau chaude cet hiver pour prendre sa douche à l’hôtel social. Ça a duré un mois - le froid, l’attente - avant que la tutrice du patient et l’équipe du Centre Médico-Psychologique parviennent à obtenir la réparation des sanitaires par le gérant de l’hôtel.  
Justin (cinquante-sept ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré…) mange froid tous les jours depuis dix ans à l’abri de nos regards, dans sa chambre d’hôtel parce qu’il n’a pas le droit d’y installer un micro-onde. Il lui est aussi interdit d’y brancher une bouilloire électrique. Risque d’incendie, lui oppose-t-on. Question de sécurité. Affaire d’assurance. Justin ne peut pas boire de thé ou café. Non, pas de boisson chaude, au réveil pour lui.  Vous le supporteriez, vous ?
Aucun de ces hommes n’a la flemme. Aucun n’est feignant. Tous rêvent d’un travail, d’un appartement, d’une femme, d’enfants, d’une vie meilleure. Mais ils sont apragmatiques. L’apragmatisme est un symptôme de leur maladie. L’apragmatisme, c’est une absence d’élan. Une incapacité à agir. A mener à bien une action, un projet. C’est de l’apathie extrême, un ralentissement, une hésitation permanente, un recul récurrent. Une souffrance lancinante.
Mourad (trente-cinq ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré…) a cassé son lit à l’hôtel social. Un an auparavant. Le gérant refuse de remplacer le cadre au prétexte que Mourad brisera sans tarder le nouveau lit.
Combien de lits ont été supprimés dans les hôpitaux psychiatriques depuis trente ans pour les patients pris en charge par ce secteur ? Les chiffrent impressionnent…
Quand l’ambulatoire c’est la rue, le trottoir, un banc dans parc ou une gare ; quand l’ambulatoire c’est l’hôtel social ; quand l’ambulatoire c’est de trois à cinq ans d’attente pour un appartement thérapeutique associatif, autant d’années pour une place en maison-relai… Comment affirmer que la réduction de ces lits constitue un progrès ?
Combien de malades mentaux sont SDF ? Clochards ? Le pourcentage choque…
Ceci se passe dans le sud de la France. Et aussi au nord de l’Hexagone. Au cœur de la capitale, à sa périphérie également.  Les grandes villes de l’est et l’ouest ne sont pas épargnés non plus.  C’est la météo du néo-libéralisme. Le résultat des turbulences de l’envie et du mépris. La brûlure de la cupidité.  La froideur de l’égoïsme.
(Faut-il préciser que le patient paie l’hôtel social avec les aides qu’il reçoit de l’Etat ? Que sa chambre minable lui coute très chère ? Que c’est un propriétaire privé qui, au final, empoche les aides ?)
Vendredi 8 juin 2018, en soirée, à la terrasse d’une brasserie de ma banlieue verdoyante (vingt-cinq centilitres de bière moussent sur la table devant moi ; le liquide, les bulles légères amères effacent ma journée éreintante à l’hôpital), mon mari (un barbu à la peau mat) m’apprend, lisant les dernières dépêches sur son téléphone portable, que les infirmiers grévistes au Rouvray ont eu gain de cause.
Il a fallu ça. Une grande grève de la faim collective.
Quel acte pour obtenir un logement décent, un vrai chez soi, pour Gaëtan, Antoine, Justin, Mourad et tous les autres ?
Qui d’autre que moi a honte ? 


Mary Dorsan, samedi 10 juin 2018.