dimanche 9 septembre 2018

prochaine date de rencontre le samedi 22 septembre à 16h, toujours au Lieu Dit au 6 rue Sorbier, Paris 20ème


A l’issue de la première réunion d’appel à une fédération hétérogène des pratiques qui s’est tenue au Lieu Dit à Paris le samedi 30 juin 2018, nous avons convenu une prochaine date de rencontre le samedi 22 septembre à 16h, toujours au Lieu Dit au 6 rue Sorbier, Paris 20ème en attendant d’organiser des réunions itinérantes.
 
Pour celles et ceux qui ne peuvent pas se déplacer, la réunion sera retransmise en direct par le biais de Colifata France: au lien suivant www.alsolnet.com/stream/lacolifataenlace.
Vous pourrez intervenir par le biais de Facebook  https://www.facebook.com/colifatafrance/
ou sur le WhatsApp de la Radio "Sans Nom" d'Asnières: +33 669 239 243  
 
A bientôt,
 
La réunion du 30 juin est réécoutable ici à l’adresse suivante : 
 
Plusieurs propositions ont émergé dont celle de construire un blog et celle que chaque lieu puisse dire à quoi il tient en termes de pratiques. Comment faire au quotidien pour qu’elles puissent être possible ? Quelles en sont les positions éthiques qui animent ces lieux et les liens qui s’y tissent en leur sein ? Quelles en sont les créations partageables, aussi minimes soient-elles ? 
 
L’idée serait de l’écrire en quelques lignes d’ici la prochaine réunion pour que nous puissions diffuser et tisser un réseau de "pratiques altératrices".
 
La réunion du 22 septembre pourra être écoutée en ligne au lien suivant www.alsolnet.com/stream/lacolifataenlace. Il sera possible d’intervenir en direct par le biais de messages :
 
Messages
WhatsApp de la Radio "Sans Nom" d'Asnières: +33 669 239 243  
 
Par ailleurs contact a été pris avec Tiffanie Bellet qui s'était proposée lors de la réunion pour la construction d'un blog ouvert à tous les collectifs et personnes intéressées. Avec l'idée de textes archivés, de liens avec des textes de lois, de contacts entre les collectifs, mais aussi d'information sur les colloques, les lieux de formation, de séminaires et de stages. Ceux qui seraient intéressés pour créer ce blog avec elle peuvent prendre contact début septembre par le biais du secrétariat du centre Artaud. Des propositions pourraient être ainsi discutées à la réunion de septembre 
 
Actuellement, le secrétariat du secteur 51ZR04 assure temporairement le lien notamment pour le recueil des textes des lieux : g04.extra@epsm-marne.fr
 


Mathieu Bellahsen

dimanche 12 août 2018

AMPI 2018 jeudi 18 et 19 Octobre à Marseille




PROGRAMME DE LA CRIÉE 2018/2019 L'ENGAGEMENT DANS L'ESPACE DE LA RENCONTRE TRANSFÉRENTIELLE



PROGRAMME DE LA CRIÉE

2018/2019

L'ENGAGEMENT DANS L'ESPACE DE  LA RENCONTRE TRANSFÉRENTIELLE


             Le travail sur « l’imaginaire dans la clinique » nous a conduits à l’entrecroisement de plusieurs motifs cruciaux que nous pourrions remettre au travail  cette année. L’enjeu de la rencontre transférentielle dans la psychose, mais aussi dans d’autres configurations cliniques, insiste sur le registre de « l’image inconsciente du corps ». Le travail inaugural de Gisela Pankow,  sa conception d’un « phantasme » à faire surgir dans la cure comme structure générative de la capacité à fantasmer, constitue un point d’appui essentiel pour que le sujet puisse accéder à un espace imaginaire. Ce qui reste problématique et difficilement transmissible concernerait la capacité de chaque thérapeute, de chaque soignant à « entrer dans la danse » (Davoine) et à s’y tenir. Pankow parle fort justement de « descente aux enfers »  à propos de cette « approche du dedans », et donc du partage de zones de catastrophe, voire des « aires de mort » psychique évoquées par Benedetti. Le thérapeute s’y risque, avec son corps et son « être au monde », en se rendant compte d’entrée de jeu de la faiblesse de l’appui sur une « pensée héritée »(Castoriadis). Miser sur le désir inconscient suppose sans doute une sorte d’acte de foi laïque dans l’inconscient, et la possibilité de produire une première forme, une gestaltung, « forme formante » génératrice de l’espace à construire, et peut-être d’une historicité pour « le sujet potentiel » qui surgirait dans le transfert. 
Il faudrait insister également sur la théorisation incessante pour chaque thérapeute qui s’inscrit sur les traces de ceux qui lui ont précédés, tout en réinventant « une boite à outils métapsychologique » personnelle, évoluant tout au long de sa vie. Quel serait le ressort intime de l’énergie nécessaire pour supporter de telles traversées au long cours ? Le Collectif pourrait-il constituer un point d’appui qui permette à ceux qui en ont le désir de s’avancer tout en s’étayant sur des constructions institutionnelles suffisamment solides, mais également malléables autant que nécessaire ? Cette malléabilité serait en relation intime avec « l’aire de jeu » dégagée par Winnicott, matrice de toute la créativité ultérieure dans la psychanalyse, la psychiatrie, mais aussi les œuvres d’art qui en témoignent dans la Culture. 
Or nous savons par expérience que cette créativité peut être entravée, empêchée par des forces hostiles au désir, que nous pouvons mettre en rapport avec la pulsion de mort dans son versant d’anéantissement. Remarquons la coalescence actuelle entre ces forces de mort et l’emprise économique et idéologique des politiques néolibérales. Dès lors l’engagement dans le transfert s’intriquera nécessairement avec une prise de position politique. C’est l’enjeu des « pratiques altératrices » (Dardot), qui nous permettent de rester vivants dans nos institutions afin d’éviter qu’elles ne se transforment en nécropoles.

 Autant dire que l’analyse institutionnelle permanente, qui suppose elle-même une énergie considérable, va engendrer des turbulences. Travail indispensable pour un « désir travaillé » et la possibilité d’un horizon d’attente, qui ne méconnaisse pas la réalité de l’aliénation sociale et politique. 


Bibliographie :

Comme l’argument l’indique, nous pourrions relire les ouvrages de G. Pankow
-Structure familiale et psychose
-L’homme et sa psychose
-Structuration dynamique dans la psychose
- Leur réinterprétation par Jean Oury, en particulier dans le séminaire sur
 « les symptômes primaires de la schizophrénie »
Gaetano Benedetti :
Psychothérapie de la schizophrénie : existence et transfert (interview par Patrick Faugeras)
« La folie en partage » (ed Eres)
 Il est probable que nous ferons un détour par H.Maldiney: « Regard, parole, espace ».

 Nous prendrons un temps également autour du livre récent de Philippe Refabert « Comme si de rien » aux ed Campagne Première avec une après-midi de travail avec lui.




SEMINAIRE D'OUVERTURE





CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 22 novembre 2018
21h00 au centre Artaud

Thierry DELCOURT
Psychiatre et Psychanalyste
La folie de l'artiste - Créer au bord de l'abîme
éditions Max Milo



SEMINAIRE


Lundi 10 décembre 2018
21h00 au centre Artaud







 ANNEE 2019

SEMINAIRE

Lundi 14 Janvier 2019
21h00 au centre Artaud


CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 31 Janvier 2019
21h00 au centre Artaud

Loriane BELLAHSEN
Psychiatre et Psychanalyste

Discutant : Pierre DELION
Professeur de Psychiatrie et Psychanalyste


SEMINAIRE

Lundi 4 février 2019
21h00 au centre Artaud


CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 28 février 2019
21h00 au centre Artaud

Georges ZIMRA
Psychiatre et Psychanalyste
Présentera son livre
« Les religions à l’épreuve de la modernité »
Editions Cécile Defaut


SEMINAIRE

Lundi 01 avril 2019
21h00 au centre Artaud


CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 25 avril 2019
21h00 au centre Artaud

Christophe CHAPEROT
Psychiatre, Psychanalyste



CONFERENCE/DEBAT

Samedi 25 mai 2019
14h00 au centre Artaud


Philippe REFABERT
Psychiatre et Psychanalyste
Viendra présenter son livre
« Comme si de rien »
« Témoignage et psychanalyse »
éditions Campagne Première



CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 27 juin 2019
21h00 au centre Artaud

Françoise DAVOINE
Psychanalyste




LA CRIEE
Centre de Jour A. Artaud – 40 rue Talleyrand – 51100 REIMS
Tél. : 03.26.40.01.23 – Fax : 03.26.77.93.14  g04.extra@epsm-marne.fr


mardi 12 juin 2018

Livre "Le Collectif à venir", Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle


Le Collectif à venir

Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle 

Le Collectif à venir

https://www.editions-eres.com/ouvrage/4254/le-collectif-a-venir


Le Collectif à venir indique d’emblée la dimension et le projet politique de ce livre, au sens de : comment s’organiser, comment se regrouper, comment agir ensemble ? Ou encore : comment créer du commun ?
Les auteurs rassemblés par La Criée, association créée en 1986 à Reims, exercent dans des institutions psychiatriques. En s’appuyant sur ceux qui les ont précédés, et en particulier sur la pensée de Jean Oury, ils témoignent de leur résistance opiniâtre contre les folies évaluatrices et les volontés de mise au pas de la Haute Autorité de santé, qui s’institue aujourd’hui en « police de la pensée » du soin et des pratiques. Ils montrent comment leur clinique prend sens dans un collectif à construire et à entretenir en ayant le souci de tenir le cap des « praxis instituantes », autrement dit de relancer sans cesse la création de lieux d’accueil et de soins qui s’appuient sur la créativité et la parole mise en acte de ceux qui s’y tiennent : patients, soignants, mais aussi familles et personnes concernées.

"Se raser dans la rue".Mary Dorsan, samedi 10 juin 2018.


Se raser dans la rue.

Vendredi 8 juin 2018, neuf heures, l’hôpital de jour ouvre ses portes. Un patient entre au poste de soin et s’adresse aux soignants : « Ce matin, je me suis rasé dans la rue. Devant un camion. Enfin, dans le rétroviseur. Il n’y a pas de miroir dans ma chambre d’hôtel ».
Je suis infirmière et écrivain et j’ai honte. Du service public. Dès neuf heures du matin.
Voilà ce matin les premiers mots de Gaëtan, trente ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré son traitement médicamenteux lourd et ses effets secondaires encore plus lourds (Gaëtan bave abondamment et chie difficilement).
Je vois Gaëtan face à moi, j’écoute Gaëtan qui me parle et je me dis qu’à l’hôpital psychiatrique du Rouvray, des infirmiers font la grève de la faim. Pour obtenir des postes de soignants supplémentaires.  Ainsi que l’ouverture de deux services spécialisés. L’un pour les adolescents, l’autre pour les détenus. Ces soignants grévistes ne supportent plus la présence d’enfants perdus parmi des adultes parfois virulents, souvent agités, aux regards intenses ou hagards (lorsqu’ils sont si sédatés que se sont les murs qui les tiennent debout, que ce sont leurs pyjamas qui leur donnent forme).  Ils s’inquiètent de la cohabitation de détenus avec des patients (comme des adolescents) qui ne le sont pas…
Face aux tutelles (au mieux silencieuses au pire indifférentes), des infirmiers ont cessé de s’alimenter et affirment que la clef à molette qu’est le neuroleptique dans le garage de l’hôpital ne suffira jamais à soigner les malades.
Les soignants grévistes affirment qu’eux-mêmes comptent autant sinon davantage que les milligrammes. Même si une relation, un lien, leur qualité, leur profondeur, ne se mesurent pas.  
Ce matin, avant de venir au travail, chez moi où mon fils peut se raser devant un miroir (placé au-dessus d’un lavabo neuf dans notre jolie petite salle de bain récemment rénovée), chez moi dans le bureau de mon mari (sur son ordinateur haut de gamme toujours allumé), j’ai lu que l’un des grévistes de la faim avait été hospitalisé car les médecins craignaient pour lui des séquelles irréversibles.
Antoine (cinquante ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré les traitements lourds aux effets secondaires invalidants) n’a pas eu d’eau chaude cet hiver pour prendre sa douche à l’hôtel social. Ça a duré un mois - le froid, l’attente - avant que la tutrice du patient et l’équipe du Centre Médico-Psychologique parviennent à obtenir la réparation des sanitaires par le gérant de l’hôtel.  
Justin (cinquante-sept ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré…) mange froid tous les jours depuis dix ans à l’abri de nos regards, dans sa chambre d’hôtel parce qu’il n’a pas le droit d’y installer un micro-onde. Il lui est aussi interdit d’y brancher une bouilloire électrique. Risque d’incendie, lui oppose-t-on. Question de sécurité. Affaire d’assurance. Justin ne peut pas boire de thé ou café. Non, pas de boisson chaude, au réveil pour lui.  Vous le supporteriez, vous ?
Aucun de ces hommes n’a la flemme. Aucun n’est feignant. Tous rêvent d’un travail, d’un appartement, d’une femme, d’enfants, d’une vie meilleure. Mais ils sont apragmatiques. L’apragmatisme est un symptôme de leur maladie. L’apragmatisme, c’est une absence d’élan. Une incapacité à agir. A mener à bien une action, un projet. C’est de l’apathie extrême, un ralentissement, une hésitation permanente, un recul récurrent. Une souffrance lancinante.
Mourad (trente-cinq ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré…) a cassé son lit à l’hôtel social. Un an auparavant. Le gérant refuse de remplacer le cadre au prétexte que Mourad brisera sans tarder le nouveau lit.
Combien de lits ont été supprimés dans les hôpitaux psychiatriques depuis trente ans pour les patients pris en charge par ce secteur ? Les chiffrent impressionnent…
Quand l’ambulatoire c’est la rue, le trottoir, un banc dans parc ou une gare ; quand l’ambulatoire c’est l’hôtel social ; quand l’ambulatoire c’est de trois à cinq ans d’attente pour un appartement thérapeutique associatif, autant d’années pour une place en maison-relai… Comment affirmer que la réduction de ces lits constitue un progrès ?
Combien de malades mentaux sont SDF ? Clochards ? Le pourcentage choque…
Ceci se passe dans le sud de la France. Et aussi au nord de l’Hexagone. Au cœur de la capitale, à sa périphérie également.  Les grandes villes de l’est et l’ouest ne sont pas épargnés non plus.  C’est la météo du néo-libéralisme. Le résultat des turbulences de l’envie et du mépris. La brûlure de la cupidité.  La froideur de l’égoïsme.
(Faut-il préciser que le patient paie l’hôtel social avec les aides qu’il reçoit de l’Etat ? Que sa chambre minable lui coute très chère ? Que c’est un propriétaire privé qui, au final, empoche les aides ?)
Vendredi 8 juin 2018, en soirée, à la terrasse d’une brasserie de ma banlieue verdoyante (vingt-cinq centilitres de bière moussent sur la table devant moi ; le liquide, les bulles légères amères effacent ma journée éreintante à l’hôpital), mon mari (un barbu à la peau mat) m’apprend, lisant les dernières dépêches sur son téléphone portable, que les infirmiers grévistes au Rouvray ont eu gain de cause.
Il a fallu ça. Une grande grève de la faim collective.
Quel acte pour obtenir un logement décent, un vrai chez soi, pour Gaëtan, Antoine, Justin, Mourad et tous les autres ?
Qui d’autre que moi a honte ? 


Mary Dorsan, samedi 10 juin 2018.

lundi 4 juin 2018

Manifeste pour une fédération des pratiques.02 juin 2018 Rencontres de la Criée

Manifeste pour une fédération des pratiques.
Depuis plus de 20 ans, le champ de la folie a connu une destruction renforcée des institutions par les politiques de « santé mentale », destruction s’appuyant sur un utilitarisme économique et subjectif avec son cortège de découragement et de résignation.
Les analyses critiques expliquant la destruction de la psychiatrie dans un sens humaniste et émancipateur abondent. Devant ces éclairages tant pertinents qu’accablants, les perspectives proposées se fondent souvent sur des formes ou des modèles préexistants (le secteur, le conseil national de la résistance, la psychothérapie institutionnelle etc.). S’il est nécessaire et même indispensable de s’appuyer sur l’histoire des pratiques, des luttes et des rêves de séquences antérieurs, ils ne peuvent suffire pour résister au présent. La posture de résistance est elle-même insuffisante tout comme celle de défense des acquis.
Une nouvelle strate est à construire, un support pour nous rassembler, retrouver de l’énergie, et reconstruire l'imaginaire de nos praxis en échangeant entre nous.
Depuis dix ans, nous assistons à des émergences créatrices de nouvelles formes de pratiques et de luttes, de nouvelles circulations entre des lieux (qu’ils soient de soins, de création, d’espaces citoyens et associatifs), entre des personnes autrefois séparées par des catégories étanches (usagers-patients, familles, professionnels). Toutes ces pratiques inédites ne sont ni suffisamment visibles ni suffisamment audibles dans notre société. Pourtant elles existent et concourent à fabriquer du nouveau là où elles existent.
Depuis dix ans ces formes nouvelles de liens se construisent partir d’autant de lieux différents qu’il y a de pratiques et de personnes désireuses de les faire vivre (cliniques, politiques, militants, associatifs…).
Aujourd’hui, un lieu de rassemblement apparaît nécessaire puisque ces formes instituantes s’appuient toujours sur un certain rapport à l’institué, que ce soit celui d’un service public, d’une association, d’un syndicat, d’un collectif ou autre.
Or l’époque est à la destruction de ce qui est institué dans une direction non utilitariste (les services publics dont l’hôpital public, les protections et sécurités sociales, les associations etc.), ce à quoi nous nous confrontons au quotidien dans nos lieux de travail, de soins, de vie.
Pourtant dans cette fragmentation du lien social – et peut-être dans une certaine mesure à partir d’elle- de nouvelles articulations dans les pratiques surgissent. Au cloisonnement toujours plus intense des établissements, des personnes et des statuts de chacun répondent de nouvelles circulations entre les gens et les institutions. Nous pensons à l’émergence du TRUC (terrain de rassemblement pour l’utilité des clubs) où des collectifs de soins (patients et soignants) se retrouvent de façon régulières et itinérante pour discuter, construire, fédérer des initiatives et des désirs à partir de leurs pratiques locales.
Nous pensons également à de nouvelles façons de s’associer et de penser le politique entre « usagers »/patients, professionnels, ex-psychiatrisés, chercheurs, universitaires, artistes, citoyens (l’association Humapsy, le CRPA, le collectif des 39, la Main à l’oreille, le RHAPP, le confCAP et le collectif CAP Droit, le fil conducteur, la FIAC, la Criée…)
Nous pensons à celles et ceux qui tiennent – ou tentent de tenir- là où ils sont avec des supports divers (syndicats, collectifs soignants, réseaux militants, associations, mouvements sociaux).
Nous proposons de rassembler ces initiatives pour continuer de construire ces nouvelles circulations, pour échanger, tenir et inventer localement et, en se rassemblant, de créer une strate plus large au niveau de la société.
Le pari serait de construire un lieu de rassemblement sur le mode fédératif, à partir des pratiques collectives qui se confrontent aux réalités concrètes et qui tentent de les transformer. En se passant de tout centre dirigeant, de tout programme pré-établi, mais en se tenant au plus près du surgissement clinique et politique. Et en incluant toutes les initiatives existantes qui voudraient s'y adjoindre, en enrichissant ainsi cette nouvelle forme qui s'appuierait ainsi sur les strates précédentes.
Nous sommes toutes et tous des fragments de la société qui peuvent se rassembler, agencer de nouvelles formes, composer de nouvelles forces.
Quoique présente depuis quelques décennies, la situation est nouvelle et impose d’y répondre de façon nouvelle, d'où la nécessité d'une nouvelle forme à construire en commun.
D'où cet appel destiné à tous ceux qui se sentiraient concerné(e)s, et aimeraient se coordonner, sur un mode qui reste à construire en tenant compte des singularités mais aussi de la nécessité d'un rassemblement.
Pour le forum du samedi 2 juin des rencontres de la Criée

mercredi 1 novembre 2017

"Vers la destruction du métier de soignant en psychiatrie ?" Serge Klopp Oct 2017

Vers la destruction du métier de soignant en psychiatrie ?

J’ai eu la chance de faire partie de cette génération d’ISP (Infirmiers de Secteur Psychiatrique) qui a inventé son métier.
Je suis entré en psychiatrie en 1978. C’était une époque, d’intenses débats et où l’on était persuadé qu’on allait tout changer, y compris en psychiatrie. Ces débats théoriques et politiques, nous les menions en cours avec les moniteurs du Centre de Formation, en stage avec les infirmiers et les psychiatres.
La formation d’ISP avant le diplôme unique de 1992, ne comprenait pas seulement plus de psychopathologie qu’aujourd’hui, mais nous inculquait une culture du sens et de l’engagement dans la clinique du sujet. Si, après l’obtention du diplôme, nous étions dorénavant autorisés à exercer le métier d’infirmier, on nous a expliqué que notre métier nous ne l’apprendrions vraiment que tout au long de notre carrière, à condition que de faire l’effort de continuer à lire, se former, s’interroger.
Tout au long de ma carrière d’infirmier, puis de cadre soignant, j’ai pu explorer et défricher de nouveaux territoires, dont celui de la psychothérapie. Psychothérapie qui même pour les ISP nous semblait interdite, chasse gardée des psychologues et des psychiatres. C’est pourtant sur cette question que le « groupe de Sèvres » s’était disputé à la fin des années 50.
J’ai également pu inventer et animer une structure d’accueil pour adolescents.
Attention tous les Infirmiers de Secteur Psychiatrique n’ont pas eu ce parcours. Nombreux sont ceux qui se sont contentés de faire leur travail, sans se poser plus de question. Mais, la minorité engagée a, dans les années 80 et 90, réussi à faire évoluer la psychiatrie. Nous espérions même faire disparaître les chambres d’isolement.
Ce fut possible parce que nous étions très engagés. Nous nous définissions d’ailleurs comme des militants de la psychiatrie.
Lorsque je me heurtais à un obstacle (opposition du Médecin Chef, des collègues, blocages de l’administration,…) je n’ai jamais renoncé. Mais en ayant conscience que si je voulais y arriver, il me fallait à la fois travailler pour me doter d’une argumentation théorique solide et ne pas rester isolé, en me trouvant des alliés. C’est ainsi que je me suis engagé d’abord dans l’Association Scientifique Paris Maison Blanche, pour m’appuyer sur des alliés dans l’hôpital de Maison Blanche où j’exerçais à l’époque, puis dans les réseaux de la Psychothérapie Institutionnelle. Je m’y suis nourri et formé tout au long d’échanges riches que j’y ai eu.
Ces engagements se nourrissent de mon engagement politique et syndical et réciproquement.

Je me rends compte qu’aujourd’hui un tel parcours parait non seulement impossible, dans la culture infirmière actuelle, mais ne fait même pas envie. Pourquoi ?
Nous subissons depuis les années 80 et la « Génération Mitterrand » qui prônait l’individualisme et le désengagement collectif, une intense campagne idéologique visant la réification des individus au travers d’une « culture » de l’hédonisme, où tout serait acquis, où la moindre frustration devient intolérable et source d’angoisse.
Culture de l’hédonisme, doublée aujourd’hui d’un dressage comportemental qui commence dès la petite enfance avec les écrans.
Alors que l’on s’émerveille sur les capacités des enfants à utiliser ces outils, considérant que c’est un signe d’intelligence, il ne s’agit en fait que de l’acquisition d’une technicité opératoire développant plutôt « l’abrutissement ». Il n’y a plus d’espace pour l’imaginaire.
D’où non seulement l’incapacité de certains enfants à jouer, mais surtout le fait que ces situations de jeu où c’est eux qui doivent inventer l’histoire, les mets dans une situation d’angoisse terrible. Révélant, ce que j’appellerait une atrophie de l’imaginaire entraînant un handicap de la relation sociale.
Dans notre société de consommation des loisirs, la vie ce serait le divertissement.
Le travail n’aurait d’autre objet que de permettre de se payer ces loisirs, qui au final coûtent cher. Le travail ne saurait en aucun cas être source de satisfaction.
Dans la santé et en psychiatrie, cette réification est nourrie de manière particulière.
D’abord on fait croire aux nouveaux diplômés que puisqu’ils ont obtenu leur diplôme, ils connaissent leur métier, et n’ont plus besoin de se prendre la tête pour l’apprendre.
Les anciens étant pour la plupart dans les structures ambulatoires, les nouveaux diplômés sont essentiellement affectés dans les UHTP (Unités d’Hospitalisation Temps Plein) et se retrouvent entre eux. C’est de ceux là que je vais parler.
Lorsqu’ils se trouvent à travailler avec un infirmier de ma génération, qui leur conseille d’aborder ce patient plutôt de telle manière, ou qui essaie d’expliquer que si le patient crie et insulte, c’est le symptôme de la maladie et de son angoisse et il ne faut pas le prendre au pied de la lettre, ils refusent toute transmission. Et répondent souvent : « Je connais mon travail, je sais ce que j’ai à faire ! », « Je ne suis pas là pour me faire emmerder et insulter par les malades ! ».
Si un ISP se retrouve en UHTP, cela peut aller jusqu’à son isolement au sein de l’équipe parce que c’est lui qui ne sait pas et fait n’importe quoi avec les patients.
Dans leur formation, l’étude de la psychopathologie et de la théorie psychanalytique est réduite à sa plus simple expression. Ils sont démunis face à la folie qui redevient insensée. Si on ne comprend pas celui qu’on est censé soigner, on va se focaliser sur le symptôme qu’il faut éradiquer.
Et là on glisse d’une fonction où il s’agissait de soigner un sujet, à une fonction où il est question de traiter des symptômes ou des troubles.
Pourtant ils sont tous là, parce qu’ils veulent exercer un métier relationnel au service des autres !
Mais dans la culture totalement imprégnée de l’idéologie dominante qu’ils se fabriquent dans les IFSI, puis dans les équipes d’hospitalisation, la relation est en surplomb.
« Le malade c’est lui. Moi je suis normal. ». Inutile que je fasse un travail sur moi pour comprendre l’autre.
Ça, ça existait déjà il y a 40 ans. Mais ça croise un autre phénomène qui devient de plus en plus prégnant, dans notre civilisation de la connexion et de l’interconnexion. C’est la difficulté de se confronter à l’autre. A se mettre à sa place, surtout s’il ne rentre pas dans les cases. Dans ces cas, l’autre est vécu comme un perturbateur. Et de perturbateur à agresseur, il n’y a plus de nuance. Si l’on est agressé, l’on est tout de suite entraîné dans le rapport de force.
C’est terriblement bien  illustré dans le film de Ken Loach « Moi Daniel Black ».
Cela, joue également dans les rapports au sein de l’équipe. Parce que si la loi du groupe joue à fond, dans le même temps, il n’y a plus aucune solidarité au sein du groupe.
Chacun travaille dans son coin, en ayant le sentiment d’être le seul à faire correctement son travail et passe son temps à dénigrer le travail des autres.

Puisque les soignants savent ce qui est bon pour le patient, celui-ci doit faire ce qu’on lui dit. Si le patient est récalcitrant, il est normal qu’on le recadre et que s’il persiste on l’enferme.
Ils ne sont pas engagés dans la relation, ils n’ont même pas conscience que le transfert ça existe et que ça les agit.
Quoique. N’est-ce pas pour éviter d’être malgré tout pris dans une relation transférentielle, qu’ils ont adopté une stratégie du nomadisme. Ils changent de service tous les 2/3 ans, alors qu’on nous disait lorsque nous arrivions dans une unité que le soin relationnel se construisait sur la durée et que certains patients allaient partager notre vie tout au long de notre carrière.
Ils n’imaginent même pas qu’ils puissent être détenteurs d’une capacité psychothérapique.
Ce qui est valorisé comme thérapeutique aujourd’hui, c’est éventuellement l’entretien médical, en tout cas ce n’est certainement pas la relation singulière de ce soignant avec ce patient. Ce qui soigne de manière certaine c’est les médicaments !
Du coup, les soignants sont interchangeables.

Tous ces phénomènes sont renforcés institutionnellement par la logique sécuritaire et par la démarche qualité.
La sécurité c’est l’absence de sentiment de danger, ce qui permet au sujet de s’engager dans le travail et de prendre des risques. A contrario, le sécuritaire est fondé sur le présupposé que nous serions tous et constamment en danger. Pour se mettre en œuvre sur la durée il nécessite d’entretenir le sentiment de danger. Il est donc antinomique avec la recherche de sécurité.
Le sécuritaire est particulièrement entretenu par les formations à la gestion de la violence qui sont quasi obligatoires pour tous les jeunes diplômés et l’obligation de porter le bip PTI (Protection du travailleur Isolé)
Il y a 40 ans on ne nous parlait pas de violence. Mais on nous expliquait « Quand l’angoisse d’un patient commence à monter, si tu ne l’apaises pas tout de suite, une heure plus tard tu risques de te prendre une baffe. Mais ce sera parce que tu n’auras pas fait correctement ton boulot ! »
Aujourd’hui si on est face à un patient qui monte, on ne fait plus appel à la capacité du soignant à apaiser cette angoisse (ce qui peut prendre du temps), on déclenche le PTI et dans les instants qui suivent les collègues sont là pour établir le rapport de force. Ça finit généralement en chambre d’isolement et pour peu qu’il se débatte, il est contentionné !
Pour les soignants, ça finit souvent en accident du travail !
La peur des soignants devient un élément permanent des lieux de soins. Ce qui a pour effet de potentialiser l’angoisse des patients.
D’où cette explosion des mises en chambres d’isolement et du recours à la contention que tout le monde ne peut que constater.
Jean Claude Pénochet, lorsqu’il était encore président du SPH à déclaré : « Quand une équipe a peur il est certains que le médecin va prescrire des contentions. » Ajoutant « la contention est un indicateur de la bonne ou de la mauvaise santé de la psychiatrie. Plus la psychiatrie va mal, plus la contention sera utilisée. Aujourd’hui, la psychiatrie va très mal ! »
Mais comment se fait-il que ces collègues n’aient pas conscience que ce n’est pas ça soigner ?
C’est parce qu’ils font ce que prescrit la « démarche-qualité » et la certification.
La qualité du soin ne se mesure plus à l’effet sur le sujet, mais à la manière dont on a appliqué le protocole.
Le soignant, de l’aide soignant au psychiatre, n’est plus que l’opérateur des protocoles établis par la « cellule-qualité ». Il est totalement enfermé dans les réponses prédéfinies d’arbres décisionnels de plus en plus étroits.
Il est dépossédé de son métier !
Dans cette conception de la psychiatrie, patients, comme soignants, sont totalement réifiés.
Au travers de cet exemple de la psychiatrie c’est toute une conception de l’homme dans notre société qui est en cause. Nous vivons une révolution anthropologique visant à fabriquer l’Homme réifié, qui n’ait plus la capacité de se penser ni de penser sa place dans le monde, et donc incapable de peser sur la réalité et de la transformer.
Cela se mesure sur le terrain des luttes sociales, où la victimisation tend à remplacer la revendication. Où l’arrêt de travail n’est plus le résultat d’un appel à la grève, mais d’un certificat médical.
Regardons la lutte des Huber, en tout cas, ceux que j’ai entendus dans les médias.
Ils ne luttent pas pour obtenir les mêmes conditions de travail et de rémunération que les taxis, mais ils luttent pour que se réalise le rêve qu’on leur a vendu à savoir qu’ils gagneront beaucoup en travaillant peu !
Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas les soutenir, mais que nous avons un gros effort d’ouverture et de créativité, à faire pour construire du commun et empêcher cette révolution anthropologique !
Et, que nous aurons, tous ensemble, la force de briser les chaînes de notre servitude volontaire.

Pour conclure je citerai mon ami Roger Ferreri : « C’est pas parce que c’est pire qu’avant, qu’avant c’était mieux ! »