mercredi 12 juin 2019

Proposition stage d'été 2019 du 09/07 au 16/08 au Centre Artaud à Reims

Proposition stage d'été 2019
du 09/07 au 16/08
au Centre Artaud à Reims :



Comme chaque année depuis 7 ans, nous allons tenir un stage d’été au centre Antonin Artaud à Reims, qui s'adresse aux professionnels et aux étudiants du soin psychique, dans le souci d’une transmission par l’expérience d’une praxis vivante dans un Collectif de Psychothérapie Institutionnelle.
Un groupe de travail hebdomadaire se tiendra tous les mardis de 17H à 19H qui sera animé par les membres de l’équipe dans la période du 9 juillet au 16 aout 2019.
L’idée : participer à la vie quotidienne de l’institution avec patients et soignants, vivre cette expérience et tenter en même temps d’en dégager des éléments de théorisation et surtout une possibilité de penser.
Il reste encore quelques places possibles
Les personnes intéressées peuvent envoyer un mail à :

Laure Thierion, Psychologue au centre Artaud, Mail : g04.extra@epsm-marne.fr
ou
Patrick Chemla, Médecin Chef de Pôle 51ZR4,

mardi 11 juin 2019

Samedi 15 juin 2019 14h00 au centre Artaud Simone MOLINA Psychanalyste et Écrivain

Samedi 15 juin 2019
14h00 au centre Artaud

Simone MOLINA

Psychanalyste et Écrivain , Présidente du Point de Capiton



"L' Actuel dure longtemps - Éthique, Politique et Acte"
Il n'existe pas d'inconscient collectif contrairement à ce que Jung avançait et à ce qu'on entend de façon vulgarisée dans les médias pour tenter de définir ce qui échappe à toute logique ou compréhension.
Alors comment nommer et rendre compte de ce travail conjoint du temps long de l'Histoire et du hors temps de l'inconscient freudien? 

Sans tomber dans une vision du monde psychologique chère aux tenants du tout psychanalytique comme en surplomb ou à ceux de la "psychologie positive" qui nous accable aujourd'hui, comment lire la douloureuse prise des êtres humains, chaque-un "Sujet de l'inconscient", avec les moments de rupture et de haine dans l'Histoire, passée mais toujours Actuelle ? 

Cette notion d'Actuel, qui renvoie au Virtuel de notre monde noyé dans le néolibéralisme, peut-elle rendre compte d'une articulation entre sujet et collectif ? 

C'est ce que je souhaite mettre en débat."

mardi 21 mai 2019

PROGRAMME DE LA CRIÉE 2018/2019



PROGRAMME DE LA CRIÉE

2018/2019

L'ENGAGEMENT DANS L'ESPACE DE  LA RENCONTRE TRANSFÉRENTIELLE


             Le travail sur « l’imaginaire dans la clinique » nous a conduits à l’entrecroisement de plusieurs motifs cruciaux que nous pourrions remettre au travail  cette année. L’enjeu de la rencontre transférentielle dans la psychose, mais aussi dans d’autres configurations cliniques, insiste sur le registre de « l’image inconsciente du corps ». Le travail inaugural de Gisela Pankow,  sa conception d’un « phantasme » à faire surgir dans la cure comme structure générative de la capacité à fantasmer, constitue un point d’appui essentiel pour que le sujet puisse accéder à un espace imaginaire. Ce qui reste problématique et difficilement transmissible concernerait la capacité de chaque thérapeute, de chaque soignant à « entrer dans la danse » (Davoine) et à s’y tenir. Pankow parle fort justement de « descente aux enfers »  à propos de cette « approche du dedans », et donc du partage de zones de catastrophe, voire des « aires de mort » psychique évoquées par Benedetti. Le thérapeute s’y risque, avec son corps et son « être au monde », en se rendant compte d’entrée de jeu de la faiblesse de l’appui sur une « pensée héritée »(Castoriadis). Miser sur le désir inconscient suppose sans doute une sorte d’acte de foi laïque dans l’inconscient, et la possibilité de produire une première forme, une gestaltung, « forme formante » génératrice de l’espace à construire, et peut-être d’une historicité pour « le sujet potentiel » qui surgirait dans le transfert. 
Il faudrait insister également sur la théorisation incessante pour chaque thérapeute qui s’inscrit sur les traces de ceux qui lui ont précédés, tout en réinventant « une boite à outils métapsychologique » personnelle, évoluant tout au long de sa vie. Quel serait le ressort intime de l’énergie nécessaire pour supporter de telles traversées au long cours ? Le Collectif pourrait-il constituer un point d’appui qui permette à ceux qui en ont le désir de s’avancer tout en s’étayant sur des constructions institutionnelles suffisamment solides, mais également malléables autant que nécessaire ? Cette malléabilité serait en relation intime avec « l’aire de jeu » dégagée par Winnicott, matrice de toute la créativité ultérieure dans la psychanalyse, la psychiatrie, mais aussi les œuvres d’art qui en témoignent dans la Culture. 
Or nous savons par expérience que cette créativité peut être entravée, empêchée par des forces hostiles au désir, que nous pouvons mettre en rapport avec la pulsion de mort dans son versant d’anéantissement. Remarquons la coalescence actuelle entre ces forces de mort et l’emprise économique et idéologique des politiques néolibérales. Dès lors l’engagement dans le transfert s’intriquera nécessairement avec une prise de position politique. C’est l’enjeu des « pratiques altératrices » (Dardot), qui nous permettent de rester vivants dans nos institutions afin d’éviter qu’elles ne se transforment en nécropoles.

 Autant dire que l’analyse institutionnelle permanente, qui suppose elle-même une énergie considérable, va engendrer des turbulences. Travail indispensable pour un « désir travaillé » et la possibilité d’un horizon d’attente, qui ne méconnaisse pas la réalité de l’aliénation sociale et politique. 


Bibliographie :

Comme l’argument l’indique, nous pourrions relire les ouvrages de G. Pankow
-Structure familiale et psychose
-L’homme et sa psychose
-Structuration dynamique dans la psychose
- Leur réinterprétation par Jean Oury, en particulier dans le séminaire sur
 « les symptômes primaires de la schizophrénie »
Gaetano Benedetti :
Psychothérapie de la schizophrénie : existence et transfert (interview par Patrick Faugeras)
« La folie en partage » (ed Eres)
 Il est probable que nous ferons un détour par H.Maldiney: « Regard, parole, espace ».

 Nous prendrons un temps également autour du livre récent de Philippe Refabert « Comme si de rien » aux ed Campagne Première avec une après-midi de travail avec lui.




LA CRIEE
Centre de Jour A. Artaud – 40 rue Talleyrand – 51100 REIMS
Tél. : 03.26.40.01.23 – Fax : 03.26.77.93.14  g04.extra@epsm-marne.fr


lundi 20 mai 2019

Insouciances du cerveau

Je souhaiterai vous faire partager l’enthousiasme que j’ai eu à lire « INSOUSCIANCES du CERVEAU »précédé de Lettre aux écervelés, d’Emmanuel Fournier –philosophe, médecin, professeur
enseignant l’éthique et la physiologie à Sorbonne Université-. C’est un texte à ne pas manquer pour ceux et celles qui réalisent combien est devenue asphyxiante la sécurité des neurocertitudes et la prescription d’obéir à la vision de l’Humain réduite à son cerveau. Ce n’est pas une mince affaire que cet avenir de l’homme neuronal que les politiques sont entrain de nous construire en instrumentalisant les recherches scientifiques de façon mensongère et abusive.
Tout comme François Gonon, neurobiologiste n’a pas manqué de souligner ce retour à une neuromythologie (dixit Griesinger « les maladies mentales sont des maladies du cerveau » 1895 et
Kraeplin « leurs causes sont biologiques et héréditaires » 1905) Emmanuel Fournier analyse et dénonce aussi ce grand mythe de la modernité : « le cerveau devenu le prête-nom de dogmes qui ne
se disent pas, qui envahit nos discours car nous lui faisons dire bien davantage que ne le voudrait la raison scientifique. La fortune de l’idée de cerveau : toute la panoplie des stratégies de marketing est
activée (domination neurocognitiviste s’armant de l’autorité de la science, de fait neuropseudoscience et toute celle de l’évangélisation, comme s’il était de la plus haute importance
de répandre et de populariser une conception cérébralisée de l’Humain. Le cerveau devient un instrument de manipulation. »
Trop peu nombreux sont les ouvrages et les prises de paroles pour informer et critiquer combien les politiques et les lobbies ont mis la main sur la recherche scientifique de façon à exclure les enfants
dès la maternelle en alléguant de multiples dysfonctionnements et en les étiquetant d’handicapés tout en les privant de lieux de soins réels ou en excluant dans des mouroirs toutes ces personnes
usées par le travail sous couvert d’Alzheimer ! Toutes ces figures de fragilité en souffrance aujourd’hui sont considérées comme ayant un cerveau non rentable ou insuffisamment productif
(puisque le cerveau est considéré comme un capital) pour répondre aux attendus d’une société orchestrée par le profit. Ce contexte social qui ne cesse de se targuer de preuves scientifiques et de
tous ces experts pour éliminer les plus démunis ou les plus malheureux m’a donné à faire le lien avec ce qu’écrivait A. de Tocqueville il y a 200 ans dans son livre De la démocratie en Amérique en s’inquiétant de voir sombrer les démocraties dans la servitude volontaire et doucereuse. Il théorisait le caractère bienveillant de ces mises sous tutelle administratives, homogénéisantes et excluantes. « Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne
ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde(…) Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux retirés à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ces concitoyens, il est à côté d’eux mais il ne les voit pas ; il n’existe qu’en lui- même et pour lui seul. Au dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux (….) Il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leur principales affaires (…) Que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?
Je vous transmets quelques propos d’E.Fournier en espérant qu’ils vous donneront le désir de le lire dans son intégralité. « Ainsi fait on du cerveau la cause de la vie sociale alors que l’imagerie cérébrale ouvrent à des possibilités inédites et devraient nous déprendre de nos préjugés et relancer notre pensée…..de fait elle photographie un individu coupé du monde, confiné dans une machine, sommé d’y effectuer une tâche, sans penser à autre chose qu’aux consignes données : bref c’est le soumettre à un véritable conditionnement pour le rendre mesurable dans un monde contrôlé car il faut créer une pensée de laboratoire qui puisse s’adapter au cerveau de laboratoire requis par l’enregistrement d’images afin de coller aux hypothèses. On voit bien le profit que l’on peut tirer à
faire passer de simples corrélations pour des liens causaux et à dire que l’activité de telle région cérébrale est cause de telle fonction…..car pour le regard neuroconverti l’image EST profondeur et la pensée SE VOIT dans l’image (!!!) OR les images cérébrales ne donnent pas de quoi reconnaître la pensée !! Cette nouvelle facticité permet une objectivation de soi, d’un soi neurochimique, neurocentré,… désocialisé, dépsychologisé, déhistoricisé. Pourquoi nous tournons-nous vers une explication cérébrale ? Pourquoi croire devoir s’y asservir ? Que signifie la fascination exercée par le cerveau ? Clé de rêves ? clé de réels savoirs ? clé de réels pouvoirs ? N’est-on pas déjà entrain de se servir de nos cerveaux pour coudre nos vies selon des fins qui ne sont pas les nôtres ? De quelles missions le charge-t-on ? Au profit de quels intérêts sa caution est-elle convoquée ?
La science du cerveau « moyen » qu’on a fabriqué, calculé, alors qu’aucun cerveau réel ne fonctionne comme lui, de quoi, de qui cette science du cerveau est-elle la science ? puisqu’en normant les
images, on a gommé toutes les différences……Penser comme tout le monde, chacun sait ce que cela veut dire….Car les cadres normatifs que proposent les neurosciences ne sont pas seulement
descriptifs ils ont une valeur PRESCRIPTIVE……alors que la reconnaissance du pluralisme cérébral devrait nous faire admettre la diversité de façon de penser , d’apprendre, de vivre, d’aimer……Une stigmatisation ne tient pas aux caractéristiques mentales, physiques, cérébrales ou biologiques d’un individu mais aux conditions sociales qui épinglent ces caractéristiques comme anormales ou déficitaires selon des normes définies par l’époque. Les neuroscientifiques ne sont-ils pas en droit de prendre des distances vis-à-vis des utilisations politiques et démagogiques qui sont faites sous le nom de cerveau par principe d’insoumission à un nouvel endoctrinement ?
De quoi s’aveugle-t-on quand on tient à réduire nos créations mentales, nos relations psychosociales, nos structures anthropologiques à des représentations neuroscientifiques ? Notamment à considérer comme synonyme de parler d’une personne ou d’un cerveau ? alors qu’une image cérébrale ne délivre qu’une identité factuelle ( qui ainsi objectivée et arrêtée n’a pas d’autre réalité que ce qui, en elle, a bien voulu entrer dans les fonctions de reconnaissance et d’invariance imposées ) et ne dit pas
ce que nous sommes……..Ces caractérisations jamais achevées libèrent des possibles et soulignent la liberté que chacun a de dépasser les identifications où on l’enferme…..car on se fabrique avec les autres, grâce à eux, en leur empruntant, en les laissant nous sortir de nous mêmes…….L’individualisation repose sur une relation signifiante d’un individu avec les autres et se construit dans des dimensions psychologiques et sociales sur lesquelles les déterminants cérébraux n’ont qu’une prise partielle, pouvant les perturber mais non les résumer. L’identité n’est jamais finie, fixe ou figée….nous nous connaissons tous sous diverses facettes, parfois incohérentes, contradictoires, incompatibles…nous mesurons notre ressort d’indétermination….Si une personne doit s’assujettir à des normes extérieures pour être identifiée par elles, c’est qu’elle ne s’y limite pas ! »
Il semblerait que « si je veux rester dans le coup, il faille faire référence au cerveau : on vend du cerveau et la science est invitée à alimenter ce neuromarketing en contribuant à créer de la valeur cérébrale. Le cerveau vaut parce qu’il permet d’échapper à nos autres représentations qui ont leur nécessité dans notre vie quotidienne et qui peuvent en retour nous aider à nous libérer du cerveau.
Comme si le cerveau n’était pas aussi une idée ou une pensée ! Comme s’il ne se situait pas dans un champ de pensée et de réflexivité. User d’une neuroterminologie donne une nouvelle sorte
d’existence à ceux qui s’en emparent. Je dois suivre la nouvelle norme, faire de la neurophysiologie, de la neurogrammaire, de la neuroéthique, de la neuropédagogie, de la neurosociologie, de la
neuroéconomie, du neuromanagement. La puissance du cerveau est d’abord celle d’un formidable objet de marketing. On exploite de coûteux appareils qu’il faut rentabiliser. On manipule des fictions,
elles nous guident ou nous gouvernent d’autant mieux que nous travaillons à les faire exister, ne serait-ce, qu’en transplantant de façon insouciante ces jargons scientifiques dans notre langage
commun. « Certains ressentent comme une peine ou une souffrance la nécessité de penser. Ils y voient une contrainte dont ils n’aperçoivent ni la nécessité ni le sens. Il leur semble qu’ils auraient un effort à faire pour penser. En effet, il y a un effort à faire pour se détacher des préjugés ordinaires, des
obéissances communes, pour ne pas reprendre toujours les mêmes routines…..Cela peut aider alors de croire que le cerveau pense pour nous (on pense sans y penser !) puisqu’il est demandé à chacun d’être cérébralement averti du contrôle exercé par le cerveau sur nos vies, nos pensées, nos facultés …..donc qu’il bien « naturel » d’adhérer aux normes…….mais ne savons-nous tous pas, qu’il pense aussi parfois pas comme nous le voudrions et qu’un autre de ses penchants serait de refuser de suivre ce qu’on lui dit, de résister à répéter ce qu’il a déjà fait ? Résistance à tout enrôlement, au nom de la séparation des savoirs et des devoirs ou par esprit de révolte contre toute espèce de dogme…..mais aussi par craintes de manipulation devant cette mise en œuvre d’un avenir neuronal partagé suivant la nouvelle exigence sociale » et je préciserai à des fins politiques visant une déresponsabilisation et une mise en terre du désir et du Collectif.
« La question qui intéresse notre liberté aujourd’hui n’est pas de déterminer les conditions conduisant un regard à en supplanter un autre mais de faire jouer les différentes explications pour
essayer de donner à la pensée des possibilités de distanciation et des espaces de circulation. Un travail jamais fini, toujours susceptible d’être affiné, nuancé, réorganisé pour créer ensemble des échanges inédits.

Propos rapportés du texte d’Emmanuel Fournier « Insouciances du cerveau ». Editions de l’éclat.
2018. 18 euros.

Liliane Irzenski
Paris le 04/05/2019

Rassemblement Glieres CRHA Humapsy


Voici un lien vers le blog Humapsy où vous pourrez lire le texte d'Humapsy lu ce we au rassemblement des Glières organisé par le CRHA.

dimanche 14 avril 2019

La ministre Agnès Buzyn nomme un psychiatre pyromane pour éteindre l’’incendie de la psychiatrie

Réaction à la nomination de Frank Bellivier
Communiqué du Printemps de la psychiatrie du 11/04/2019

La ministre Agnès Buzyn nomme un psychiatre pyromane pour éteindre l’’incendie de la psychiatrie
Alors que les tenants de la psychiatrie de terrain (infirmiers, aide-soignants, psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux…), sont dans la rue depuis de longs mois aux côtés d’’usagers et de familles, qu’’ils se mobilisent, qu’’ils font des grèves de la faim (les Blouses noires du Rouvray), des actions à haute portée symbolique (les Perchés du Havre), qu’’ils font grève pendant plusieurs mois (les Pinel en lutte d’’Amiens, ceux de Niort, Lyon, Saint-Etienne), pour crier leur désespoir face à la destruction du sens profond de leur métier qui est le lien avec les personnes en extrême souffrance, la ministre de la santé vient de nommer comme délégué interministériel à la psychiatrie Frank Bellivier un médecin qui ne se dit même pas psychiatre mais « expert biomédical en psychiatrie / psychologie, neurosciences et comportement ». Ce professeur est, lui, un représentant de la psychiatrie du lobby FondaMental, psychiatrie de laboratoire, dont le lien privilégié dans le travail est celui avec l’’industrie pharmaceutique. Un professeur qui ne s’’embête pas avec les conflits d’’intérêts. N’’est-ce pas paradoxal qu’’une énorme mobilisation pour le lien relationnel obtienne pour réponse le lien avec les laboratoires pharmaceutiques ?
À un moment où une intense communication contre la psychiatrie se déploie dans les médias et dans la bouche de certains représentants de l’’État, on constate, comme d’’habitude, que cette anti-psychiatrie est à géométrie variable : elle ne concerne pas les psychiatres attachés à la fondation Fondamental, qui ne connaissent pas le travail relationnel au long cours, le lien profond avec les personnes troublées psychiquement, qui les traitent comme des cobayes pour des recherches statistiques, qui sont liés à l’’institut Montaigne (think tank néolibéral créé par Claude Bébéar (AXA) et financé notamment par des laboratoires pharmaceutiques et des assurances) et qui reçoivent des prix Dassault. Ils sont les interlocuteurs souhaités par l’’État.
Déjà le 22 janvier, des collectifs d’’usagers et de soignants s’’indignaient de l’’instrumentalisation de la mobilisation des lieux en lutte au profit des tenants de la psychiatrie « fondamental ». Les psychiatres pyromanes étaient déjà invités partout dans les médias pour expliquer que la psychiatrie souffrait simplement d’’un problème d’’organisation et qu’’il suffisait de leur remettre les clés de cette organisation pour en venir à bout.
C’’est chose faite avec cette nomination. Elle équivaut à la nomination d’un chercheur travaillant pour Monsanto à un poste de délégué à l’écologie.
Ce « délégué » est en effet le bon choix pour continuer à déployer ce que réclame l’’institut Montaigne (qui est aussi à la base de la réforme de l’’éducation par le biais de l’’association « agir pour l’’école » dans laquelle évoluait le ministre Blanquer avant même sa nomination au gouvernement…), c’’est-à-dire une destruction du service public de psychiatrie, qui garantit un accueil inconditionnel pour chacun, quel que soit son milieu d’’origine et ses ressources, et la promotion d’une psychiatrie qui sert les intérêts de cabinets privés ayant des « innovations » à vendre.
Au nom de la déstigmatisation, cette disparition du service public de psychiatrie va générer un renforcement de la ségrégation et de l’’abandon des personnes qui ne répondront pas à cette politique « fondée sur la science » alors qu’’elle est en réalité fondée sur les intérêts privés de laboratoires et de lobbys. C’’est déjà le cas.
Le Printemps de la psychiatrie dénonce la nomination de Frank Bellivier car elle est, pour le monde de la psychiatrie de terrain, illégitime. Cette nomination est malheureusement dans la suite logique des déclarations de Sophie Cluzel concernant le bannissement de la psychiatrie pour les personnes porteuses de troubles du spectre autistique. Dans les deux cas, c’’est la psychiatrie relationnelle qui est visée tandis que la psychiatrie des intérêts privés est promue.
Nous réclamons des représentants qui nous représentent vraiment : qui réhabilitent des pratiques fondées sur le lien humain et sur l’’autodétermination des personnes, une science dégagée des conflits d’’intérêts, et la notion de service public et de solidarité.


bellivier


printempsdelapsychiatrie@gmail.com

mardi 12 juin 2018

Livre "Le Collectif à venir", Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle


Le Collectif à venir

Psychiatrie, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle 

Le Collectif à venir

https://www.editions-eres.com/ouvrage/4254/le-collectif-a-venir


Le Collectif à venir indique d’emblée la dimension et le projet politique de ce livre, au sens de : comment s’organiser, comment se regrouper, comment agir ensemble ? Ou encore : comment créer du commun ?
Les auteurs rassemblés par La Criée, association créée en 1986 à Reims, exercent dans des institutions psychiatriques. En s’appuyant sur ceux qui les ont précédés, et en particulier sur la pensée de Jean Oury, ils témoignent de leur résistance opiniâtre contre les folies évaluatrices et les volontés de mise au pas de la Haute Autorité de santé, qui s’institue aujourd’hui en « police de la pensée » du soin et des pratiques. Ils montrent comment leur clinique prend sens dans un collectif à construire et à entretenir en ayant le souci de tenir le cap des « praxis instituantes », autrement dit de relancer sans cesse la création de lieux d’accueil et de soins qui s’appuient sur la créativité et la parole mise en acte de ceux qui s’y tiennent : patients, soignants, mais aussi familles et personnes concernées.

"Se raser dans la rue".Mary Dorsan, samedi 10 juin 2018.


Se raser dans la rue.

Vendredi 8 juin 2018, neuf heures, l’hôpital de jour ouvre ses portes. Un patient entre au poste de soin et s’adresse aux soignants : « Ce matin, je me suis rasé dans la rue. Devant un camion. Enfin, dans le rétroviseur. Il n’y a pas de miroir dans ma chambre d’hôtel ».
Je suis infirmière et écrivain et j’ai honte. Du service public. Dès neuf heures du matin.
Voilà ce matin les premiers mots de Gaëtan, trente ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré son traitement médicamenteux lourd et ses effets secondaires encore plus lourds (Gaëtan bave abondamment et chie difficilement).
Je vois Gaëtan face à moi, j’écoute Gaëtan qui me parle et je me dis qu’à l’hôpital psychiatrique du Rouvray, des infirmiers font la grève de la faim. Pour obtenir des postes de soignants supplémentaires.  Ainsi que l’ouverture de deux services spécialisés. L’un pour les adolescents, l’autre pour les détenus. Ces soignants grévistes ne supportent plus la présence d’enfants perdus parmi des adultes parfois virulents, souvent agités, aux regards intenses ou hagards (lorsqu’ils sont si sédatés que se sont les murs qui les tiennent debout, que ce sont leurs pyjamas qui leur donnent forme).  Ils s’inquiètent de la cohabitation de détenus avec des patients (comme des adolescents) qui ne le sont pas…
Face aux tutelles (au mieux silencieuses au pire indifférentes), des infirmiers ont cessé de s’alimenter et affirment que la clef à molette qu’est le neuroleptique dans le garage de l’hôpital ne suffira jamais à soigner les malades.
Les soignants grévistes affirment qu’eux-mêmes comptent autant sinon davantage que les milligrammes. Même si une relation, un lien, leur qualité, leur profondeur, ne se mesurent pas.  
Ce matin, avant de venir au travail, chez moi où mon fils peut se raser devant un miroir (placé au-dessus d’un lavabo neuf dans notre jolie petite salle de bain récemment rénovée), chez moi dans le bureau de mon mari (sur son ordinateur haut de gamme toujours allumé), j’ai lu que l’un des grévistes de la faim avait été hospitalisé car les médecins craignaient pour lui des séquelles irréversibles.
Antoine (cinquante ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré les traitements lourds aux effets secondaires invalidants) n’a pas eu d’eau chaude cet hiver pour prendre sa douche à l’hôtel social. Ça a duré un mois - le froid, l’attente - avant que la tutrice du patient et l’équipe du Centre Médico-Psychologique parviennent à obtenir la réparation des sanitaires par le gérant de l’hôtel.  
Justin (cinquante-sept ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré…) mange froid tous les jours depuis dix ans à l’abri de nos regards, dans sa chambre d’hôtel parce qu’il n’a pas le droit d’y installer un micro-onde. Il lui est aussi interdit d’y brancher une bouilloire électrique. Risque d’incendie, lui oppose-t-on. Question de sécurité. Affaire d’assurance. Justin ne peut pas boire de thé ou café. Non, pas de boisson chaude, au réveil pour lui.  Vous le supporteriez, vous ?
Aucun de ces hommes n’a la flemme. Aucun n’est feignant. Tous rêvent d’un travail, d’un appartement, d’une femme, d’enfants, d’une vie meilleure. Mais ils sont apragmatiques. L’apragmatisme est un symptôme de leur maladie. L’apragmatisme, c’est une absence d’élan. Une incapacité à agir. A mener à bien une action, un projet. C’est de l’apathie extrême, un ralentissement, une hésitation permanente, un recul récurrent. Une souffrance lancinante.
Mourad (trente-cinq ans, schizophrène, halluciné, délirant malgré…) a cassé son lit à l’hôtel social. Un an auparavant. Le gérant refuse de remplacer le cadre au prétexte que Mourad brisera sans tarder le nouveau lit.
Combien de lits ont été supprimés dans les hôpitaux psychiatriques depuis trente ans pour les patients pris en charge par ce secteur ? Les chiffrent impressionnent…
Quand l’ambulatoire c’est la rue, le trottoir, un banc dans parc ou une gare ; quand l’ambulatoire c’est l’hôtel social ; quand l’ambulatoire c’est de trois à cinq ans d’attente pour un appartement thérapeutique associatif, autant d’années pour une place en maison-relai… Comment affirmer que la réduction de ces lits constitue un progrès ?
Combien de malades mentaux sont SDF ? Clochards ? Le pourcentage choque…
Ceci se passe dans le sud de la France. Et aussi au nord de l’Hexagone. Au cœur de la capitale, à sa périphérie également.  Les grandes villes de l’est et l’ouest ne sont pas épargnés non plus.  C’est la météo du néo-libéralisme. Le résultat des turbulences de l’envie et du mépris. La brûlure de la cupidité.  La froideur de l’égoïsme.
(Faut-il préciser que le patient paie l’hôtel social avec les aides qu’il reçoit de l’Etat ? Que sa chambre minable lui coute très chère ? Que c’est un propriétaire privé qui, au final, empoche les aides ?)
Vendredi 8 juin 2018, en soirée, à la terrasse d’une brasserie de ma banlieue verdoyante (vingt-cinq centilitres de bière moussent sur la table devant moi ; le liquide, les bulles légères amères effacent ma journée éreintante à l’hôpital), mon mari (un barbu à la peau mat) m’apprend, lisant les dernières dépêches sur son téléphone portable, que les infirmiers grévistes au Rouvray ont eu gain de cause.
Il a fallu ça. Une grande grève de la faim collective.
Quel acte pour obtenir un logement décent, un vrai chez soi, pour Gaëtan, Antoine, Justin, Mourad et tous les autres ?
Qui d’autre que moi a honte ? 


Mary Dorsan, samedi 10 juin 2018.