mercredi 16 janvier 2019

Printemps de la psychiatrie : Pour un renouveau des soins psychiques

 la criée <la-crie@googlegroups.com>

Nous avons rédigé ce Manifeste "Printemps de la psychiatrie" à la veille de la Manifestation nationale du 22 janvier à Paris à laquelle nous participerons et appelons à participer.
Ce Manifeste est proposé à la signature de chacune et chacun ;
 Il est un appel à  réinventer une psychiatrie émancipatrice du sujet



Printemps de la psychiatrie
Pour un renouveau des soins psychiques

La psychiatrie et la pédopsychiatrie n’en peuvent plus. Depuis déjà plusieurs décennies, ceux qui les font vivre ne cessent de dénoncer leur désagrégation et de lutter contre le déclin dramatique des façons d’accueillir et de soigner les personnes qui vivent au cours de leur existence une précarité psychique douloureuse. En vain le plus souvent. Ce qui est en crise, c'est notre hospitalité, l’attention primordiale accordée à chacun et à un soin psychique cousu-main, à rebours du traitement prêt-à-porter standardisé qui se veut toujours plus actuel. Les mouvements des hôpitaux du Rouvray, Le Havre, Amiens, Niort, Moisselles, Paris… ont su bousculer l’indifférence médiatique et rendre visible au plus grand nombre le chaos qui guette la psychiatrie. Pour percer le mur du silence, il n’aura fallu rien de moins qu’une grève de la faim …
Devant cette régression organisée, nous nous engageons tous ensemble à soigner les institutions psychiatriques et à lutter contre ce qui perturbe leur fonctionnement. Patients, soignants, parents, personnes concernées de près ou de loin par la psychiatrie et la pédopsychiatrie, tous citoyens, nous sommes révoltés par cette régression de la psychiatrie qui doit cesser. Il s’agit pour nous de refonder et construire une discipline qui associe soin et respect des libertés individuelles et collectives.
Contrairement à la tendance actuelle qui voudrait que la maladie mentale soit une maladie comme les autres, nous affirmons que la psychiatrie est une discipline qui n’est médicale qu’en partie. Elle peut et doit utiliser les ressources non seulement des sciences cognitives, mais également des sciences humaines, de la philosophie et de la psychanalyse, pour contribuer à un renouveau des soins axés sur la reconnaissance de la primauté du soin relationnel. Notre critique de ce qu’est devenue la psychiatrie ne peut faire l’impasse sur la responsabilité de ses gestionnaires.
Les avancées de la recherche scientifique ne peuvent durablement être confisquées par des experts auto-proclamés dont les liens avec l’industrie pharmaceutique sont parfois suspects. Les savoirs scientifiques ne doivent pas servir d’alibi à des choix politiques qui réduisent les sujets à un flux à réguler pour une meilleure rentabilité économique. Nous sommes face à une véritable négation du sujet et de sa singularité, au profit de méthodes éducatives, sécuritaires ou exclusivement symptomatiques. Les interdits de pensée sont devenus la règle d’une discipline où l’on débat de moins en moins. La psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, et se moque des réductions idéologiques. Toute approche privilégiant une réponse unidimensionnelle est nécessairement à côté. Nous récusons, dès lors, toute politique d’homogénéisation des pratiques. Une politique qui détruit la cohérence des équipes et instrumentalise la parole des patients fige la capacité d’inventer à force d'injonctions paradoxales, dans la nasse de discours sans épaisseur et mortifères.
Aussi, si les budgets de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, sans cesse rognés depuis des années, doivent  être largement revalorisés, comme l'exigent toutes les mobilisations actuelles, c'est l'appauvrissement des relations au sein des lieux de soins qui est notre souci premier. La standardisation des pratiques protocolisées déshumanise les sujets, patients et soignants. Le recours massif aux CDD courts, le tarissement organisé de la formation continue, l’inadéquation des formations initiales qui privilégient cours magistraux et visionnages de DVD sans interactions entre les étudiants et leur formateur, contribuent à la désagrégation des équipes au sein desquelles le turn-over est de plus en plus important. La continuité des soins et la cohésion des équipes en sont durablement compromises. Nous devons opposer à cet état de fait la spécificité de la maladie psychique, qui sous-tend la nécessité d’une approche singulière et d’un travail spécifique d'équipes pluridisciplinaires en institution psychiatrique ainsi que dans le médico-social, et la co-construction d’alliances thérapeutiques fécondes avec les personnes accueillies. C'est tout le monde de la psy et des psys, en institution ou pas, qui est concerné.
Nous voulons en finir avec l’augmentation continuelle du recours à l’isolement et à la contention, la contrainte doit cesser d’être la norme. Le droit des patients, hospitalisés ou non, est régulièrement ignoré, parfois volontairement bafoué. Cette violence institutionnelle, régulièrement dénoncée par la Commission Européenne des Droits de l'Homme,  touche en premier lieu les soignés, mais affecte aussi les soignants. La psychiatrie et le secteur médico-social doivent pouvoir s’appuyer sur des équipes stables avec des personnels non interchangeables quel que soit leur statut. Ils doivent pouvoir bénéficier d’un assise solide qui autorise la parole et propose de véritables évolutions de carrière.
Au-delà du soin, nous voulons travailler à des accompagnements alternatifs, nouer des liens équilibrés avec les différentes associations qui œuvrent dans la cité. Nous voulons multiplier les lieux qui cultivent le sens de l’hospitalité avec un accueil digne et attentif aux singularités de chacun.
Nous nous engageons à participer, organiser, soutenir tout débat, toute action ou mouvement cohérent avec ce manifeste, avec tous les professionnels, leurs syndicats, les collectifs, les associations de familles et d’usagers, et l’ensemble des citoyens qui souhaiteraient soutenir et développer une psychiatrie émancipatrice du sujet.
Nous appelons à participer à la manifestation nationale du 22 janvier à Paris.

Debout pour le Printemps de la psychiatrie !


Les premiers signataires :

Alain Abrieu, psychiatre de secteur, AMPI, Marseille ; Isabelle Basset, psychologue clinicienne, CHPP, Amiens ; Mathieu Bellahsen, psychiatre - Chef de pôle, EPS de Moisselles ; Dominique Besnard , Militant des Cemea et membre des 39 ; Philippe Bichon, psychiatre, Clinique de La Borde ; Pascal Boissel, psychiatre, président de l'Union syndicale de la psychiatrie ; Cécile Bourdais, enseignante-chercheure en psychologie, Collectif des 39 et Psy soin Accueil ; Fethi Brétel, psychiatre, Rouen ; Alain Chabert, psychiatre, USP ; Patrick Chemla, psychiatre chef de pôle Reims, psychanalyste, anime le Centre Artaud et l’association la Criée ; Jérôme Costes, infirmier en psychiatrie ; Dominique Damour, Collectif des 39 ;  Pierre Delion, Professeur de psychiatrie ; Sandrine Deloche, psychiatre des hôpitaux, Paris ; Yves de l’Espinay, cadre infirmier formateur ; Parviz Denis, psychiatre, praticien hospitalier, membre de l’ADA ; Patrick Estrade, infirmier de secteur psychiatrique ; Fanny Rebuffat, interne en psychiatrie, Reims ; Dominique Friard, infirmier de secteur psychiatrique, superviseur d'équipes, rédacteur en chef adjoint de Santé Mentale ; Philippe Gasser, Vice-président de l'Union syndicale de la psychiatrie, Uzès ; Yves Gigou, Collectif des 39, CEMEA ; Delphine Glachant, psychiatre des hôpitaux, Union syndicale de la psychiatrie, Les Murets ; Roland Gori, psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie à Aix Marseille Université, président de l’Appel des appels ; Liliane IRZENSKI, pédopsychiatre, psychanalyste, Collectif des 39 ; Serge Klopp, PCF, Collectif des 39 ; Emmanuel Kosadinos, psychiatre des hôpitaux, EPS de Ville-Evrard ; Nicolas Laadj, SUD Santé Sociaux ; Marie Leyreloup, présidente SERPSY ; Sophie Mappa, psychanalyste ; Jean-Pierre Martin, Ensemble ! ; Simone Molina, Le Point de Capiton ; Pierre Paresys, psychiatre de secteur, vice-président de l'Union Syndicale de la Psychiatrie ; Martin Pavelka, pédopsychiatre, Association des Psychiatres du secteur Infanto-juvénile ; Virginie Perilhou, infirmière en psychiatrie ; Laurence Renaud, "personne avec expérience psychiatrique ", Réseau Européen pour une Santé Mentale Démocratique /psysoinsaccueil debout ; Pascale Rosenberg, USP, psychiatre, directrice du Cmpp Henri Wallon à Sainte Geneviève des Bois ; Dominique Terres, psychiatre, psychanalyste, membre de l’ADA.

Liste des groupes et syndicats soutenant l'initiative :

Appel des appels (ADA)
Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile
Association méditerranéenne de psychothérapie institutionnelle (AMPI)
CEMEA
Collectif des 39
La Criée
Humapsy
Pinel en lutte
Le Point de Capiton
Les Psy causent
Psy soins Accueil
Réseau européen des Santé Mentale démocratique
SERPSY
Fédération Sud Santé Sociaux
Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)




mardi 15 janvier 2019

22 janvier Journée Nationale pour la psychiatrie à Paris, 11H Place de la république

Chers amis, chers collègues,

Nous sommes très heureux de vous inviter à nous rejoindre pour cette journée nationale de la psychiatrie, à Paris, le 22 janvier. La mobilisation s'annonce très suivie, de nombreux hôpitaux en lutte, associations, collectifs et organisations seront présents. 
Que cette journée fasse suite à une année de la psychiatrie! 
Nous nous levons enfin pour exiger le droit à la dignité dans nos lieux de soins et à la pensée de nos pratiques. Nous osons enfin appeler publiquement à ce réveil pour nous faire entendre! Et ce n'est qu'un début... 


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mercredi 9 janvier 2019

PROGRAMME DE LA CRIÉE 2018/2019 Jeudi 31 Janvier 2019 21h00 au centre Artaud Loriane BELLAHSEN Psychiatre et Psychanalyste Discutant : Pierre DELION

Conférence de la criee :

Jeudi 31 Janvier 2019
21h00 au centre Artaud
Loriane BELLAHSEN
Psychiatre et Psychanalyste
« L'intensité de l'amour et de la haine dans le dégel autistique »

Chez les personnes que nous suivons en thérapie, les défenses autistiques, envisagées ici comme issues du processus de démantèlement sensoriel décrit par Donald Meltzer et de remantèlement, qui s’effectue sur un mode tout à fait singulier pour chaque personne, servent initialement, pour le bébé, l’enfant, la personne, à se protéger contre une saturation sensorielle pénible entraînant confusion et brouillage. À un stade plus avancé, ces défenses persistent mais c’est alors, également, contre le débordement émotionnel et affectif qu’elles sont employées ; en effet l’avancée sur le chemin de l’individuation et de la séparation des espaces entre et soi et l’Autre, et les autres, s’accompagne de l’arrivée de figures massives et terrifiantes de la haine et de l’amour que sont la destructivité et de la possessivité, souvent très intenses. L’établissement d’une agressivité maniable et d’un courant tendre devenant un des enjeu de la thérapie à ce moment du dégel autistique (et pour tout la vie ensuite).
C’est cela que j’essaierai d’illustrer à travers différents récits de séances de différents patients.
Loriane BELLAHSEN
Discutant : Pierre DELION
Professeur de Psychiatrie et Psychanalyste




PROGRAMME DE LA CRIÉE

2018/2019

L'ENGAGEMENT DANS L'ESPACE DE  LA RENCONTRE TRANSFÉRENTIELLE


             Le travail sur « l’imaginaire dans la clinique » nous a conduits à l’entrecroisement de plusieurs motifs cruciaux que nous pourrions remettre au travail  cette année. L’enjeu de la rencontre transférentielle dans la psychose, mais aussi dans d’autres configurations cliniques, insiste sur le registre de « l’image inconsciente du corps ». Le travail inaugural de Gisela Pankow,  sa conception d’un « phantasme » à faire surgir dans la cure comme structure générative de la capacité à fantasmer, constitue un point d’appui essentiel pour que le sujet puisse accéder à un espace imaginaire. Ce qui reste problématique et difficilement transmissible concernerait la capacité de chaque thérapeute, de chaque soignant à « entrer dans la danse » (Davoine) et à s’y tenir. Pankow parle fort justement de « descente aux enfers »  à propos de cette « approche du dedans », et donc du partage de zones de catastrophe, voire des « aires de mort » psychique évoquées par Benedetti. Le thérapeute s’y risque, avec son corps et son « être au monde », en se rendant compte d’entrée de jeu de la faiblesse de l’appui sur une « pensée héritée »(Castoriadis). Miser sur le désir inconscient suppose sans doute une sorte d’acte de foi laïque dans l’inconscient, et la possibilité de produire une première forme, une gestaltung, « forme formante » génératrice de l’espace à construire, et peut-être d’une historicité pour « le sujet potentiel » qui surgirait dans le transfert. 
Il faudrait insister également sur la théorisation incessante pour chaque thérapeute qui s’inscrit sur les traces de ceux qui lui ont précédés, tout en réinventant « une boite à outils métapsychologique » personnelle, évoluant tout au long de sa vie. Quel serait le ressort intime de l’énergie nécessaire pour supporter de telles traversées au long cours ? Le Collectif pourrait-il constituer un point d’appui qui permette à ceux qui en ont le désir de s’avancer tout en s’étayant sur des constructions institutionnelles suffisamment solides, mais également malléables autant que nécessaire ? Cette malléabilité serait en relation intime avec « l’aire de jeu » dégagée par Winnicott, matrice de toute la créativité ultérieure dans la psychanalyse, la psychiatrie, mais aussi les œuvres d’art qui en témoignent dans la Culture. 
Or nous savons par expérience que cette créativité peut être entravée, empêchée par des forces hostiles au désir, que nous pouvons mettre en rapport avec la pulsion de mort dans son versant d’anéantissement. Remarquons la coalescence actuelle entre ces forces de mort et l’emprise économique et idéologique des politiques néolibérales. Dès lors l’engagement dans le transfert s’intriquera nécessairement avec une prise de position politique. C’est l’enjeu des « pratiques altératrices » (Dardot), qui nous permettent de rester vivants dans nos institutions afin d’éviter qu’elles ne se transforment en nécropoles.

 Autant dire que l’analyse institutionnelle permanente, qui suppose elle-même une énergie considérable, va engendrer des turbulences. Travail indispensable pour un « désir travaillé » et la possibilité d’un horizon d’attente, qui ne méconnaisse pas la réalité de l’aliénation sociale et politique. 


Bibliographie :

Comme l’argument l’indique, nous pourrions relire les ouvrages de G. Pankow
-Structure familiale et psychose
-L’homme et sa psychose
-Structuration dynamique dans la psychose
- Leur réinterprétation par Jean Oury, en particulier dans le séminaire sur
 « les symptômes primaires de la schizophrénie »
Gaetano Benedetti :
Psychothérapie de la schizophrénie : existence et transfert (interview par Patrick Faugeras)
« La folie en partage » (ed Eres)
 Il est probable que nous ferons un détour par H.Maldiney: « Regard, parole, espace ».

 Nous prendrons un temps également autour du livre récent de Philippe Refabert « Comme si de rien » aux ed Campagne Première avec une après-midi de travail avec lui.




 ANNEE 2019


CONFERENCE/DEBAT


Conférence de la criee :

Jeudi 31 Janvier 2019
21h00 au centre Artaud

Loriane BELLAHSEN
Psychiatre et Psychanalyste
« L'intensité de l'amour et de la haine dans le dégel autistique »

Discutant : Pierre DELION
Professeur de Psychiatrie et Psychanalyste
Chez les personnes que nous suivons en thérapie, les défenses autistiques, envisagées ici comme issues du processus de démantèlement sensoriel décrit par Donald Meltzer et de remantèlement, qui s’effectue sur un mode tout à fait singulier pour chaque personne, servent initialement, pour le bébé, l’enfant, la personne, à se protéger contre une saturation sensorielle pénible entraînant confusion et brouillage. À un stade plus avancé, ces défenses persistent mais c’est alors, également, contre le débordement émotionnel et affectif qu’elles sont employées ; en effet l’avancée sur le chemin de l’individuation et de la séparation des espaces entre et soi et l’Autre, et les autres, s’accompagne de l’arrivée de figures massives et terrifiantes de la haine et de l’amour que sont la destructivité et de la possessivité, souvent très intenses. L’établissement d’une agressivité maniable et d’un courant tendre devenant un des enjeu de la thérapie à ce moment du dégel autistique (et pour tout la vie ensuite).
C’est cela que j’essaierai d’illustrer à travers différents récits de séances de différents patients.
Loriane BELLAHSEN

Discutant : Pierre DELION
Professeur de Psychiatrie et Psychanalyste

SEMINAIRE

Lundi 4 février 2019
21h00 au centre Artaud


CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 28 février 2019
21h00 au centre Artaud

Georges ZIMRA
Psychiatre et Psychanalyste
Présentera son livre
« Les religions à l’épreuve de la modernité »
Editions Cécile Defaut


SEMINAIRE

Lundi 01 avril 2019
21h00 au centre Artaud


CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 25 avril 2019
21h00 au centre Artaud

Christophe CHAPEROT
Psychiatre, Psychanalyste



CONFERENCE/DEBAT

Samedi 25 mai 2019
14h00 au centre Artaud


Philippe REFABERT
Psychiatre et Psychanalyste
Viendra présenter son livre
« Comme si de rien »
« Témoignage et psychanalyse »
éditions Campagne Première



CONFERENCE/DEBAT

Jeudi 27 juin 2019
21h00 au centre Artaud

Françoise DAVOINE
Psychanalyste




LA CRIEE
Centre de Jour A. Artaud – 40 rue Talleyrand – 51100 REIMS
Tél. : 03.26.40.01.23 – Fax : 03.26.77.93.14  g04.extra@epsm-marne.fr