lundi 4 juin 2018

Manifeste pour une fédération des pratiques.02 juin 2018 Rencontres de la Criée

Manifeste pour une fédération des pratiques.
Depuis plus de 20 ans, le champ de la folie a connu une destruction renforcée des institutions par les politiques de « santé mentale », destruction s’appuyant sur un utilitarisme économique et subjectif avec son cortège de découragement et de résignation.
Les analyses critiques expliquant la destruction de la psychiatrie dans un sens humaniste et émancipateur abondent. Devant ces éclairages tant pertinents qu’accablants, les perspectives proposées se fondent souvent sur des formes ou des modèles préexistants (le secteur, le conseil national de la résistance, la psychothérapie institutionnelle etc.). S’il est nécessaire et même indispensable de s’appuyer sur l’histoire des pratiques, des luttes et des rêves de séquences antérieurs, ils ne peuvent suffire pour résister au présent. La posture de résistance est elle-même insuffisante tout comme celle de défense des acquis.
Une nouvelle strate est à construire, un support pour nous rassembler, retrouver de l’énergie, et reconstruire l'imaginaire de nos praxis en échangeant entre nous.
Depuis dix ans, nous assistons à des émergences créatrices de nouvelles formes de pratiques et de luttes, de nouvelles circulations entre des lieux (qu’ils soient de soins, de création, d’espaces citoyens et associatifs), entre des personnes autrefois séparées par des catégories étanches (usagers-patients, familles, professionnels). Toutes ces pratiques inédites ne sont ni suffisamment visibles ni suffisamment audibles dans notre société. Pourtant elles existent et concourent à fabriquer du nouveau là où elles existent.
Depuis dix ans ces formes nouvelles de liens se construisent partir d’autant de lieux différents qu’il y a de pratiques et de personnes désireuses de les faire vivre (cliniques, politiques, militants, associatifs…).
Aujourd’hui, un lieu de rassemblement apparaît nécessaire puisque ces formes instituantes s’appuient toujours sur un certain rapport à l’institué, que ce soit celui d’un service public, d’une association, d’un syndicat, d’un collectif ou autre.
Or l’époque est à la destruction de ce qui est institué dans une direction non utilitariste (les services publics dont l’hôpital public, les protections et sécurités sociales, les associations etc.), ce à quoi nous nous confrontons au quotidien dans nos lieux de travail, de soins, de vie.
Pourtant dans cette fragmentation du lien social – et peut-être dans une certaine mesure à partir d’elle- de nouvelles articulations dans les pratiques surgissent. Au cloisonnement toujours plus intense des établissements, des personnes et des statuts de chacun répondent de nouvelles circulations entre les gens et les institutions. Nous pensons à l’émergence du TRUC (terrain de rassemblement pour l’utilité des clubs) où des collectifs de soins (patients et soignants) se retrouvent de façon régulières et itinérante pour discuter, construire, fédérer des initiatives et des désirs à partir de leurs pratiques locales.
Nous pensons également à de nouvelles façons de s’associer et de penser le politique entre « usagers »/patients, professionnels, ex-psychiatrisés, chercheurs, universitaires, artistes, citoyens (l’association Humapsy, le CRPA, le collectif des 39, la Main à l’oreille, le RHAPP, le confCAP et le collectif CAP Droit, le fil conducteur, la FIAC, la Criée…)
Nous pensons à celles et ceux qui tiennent – ou tentent de tenir- là où ils sont avec des supports divers (syndicats, collectifs soignants, réseaux militants, associations, mouvements sociaux).
Nous proposons de rassembler ces initiatives pour continuer de construire ces nouvelles circulations, pour échanger, tenir et inventer localement et, en se rassemblant, de créer une strate plus large au niveau de la société.
Le pari serait de construire un lieu de rassemblement sur le mode fédératif, à partir des pratiques collectives qui se confrontent aux réalités concrètes et qui tentent de les transformer. En se passant de tout centre dirigeant, de tout programme pré-établi, mais en se tenant au plus près du surgissement clinique et politique. Et en incluant toutes les initiatives existantes qui voudraient s'y adjoindre, en enrichissant ainsi cette nouvelle forme qui s'appuierait ainsi sur les strates précédentes.
Nous sommes toutes et tous des fragments de la société qui peuvent se rassembler, agencer de nouvelles formes, composer de nouvelles forces.
Quoique présente depuis quelques décennies, la situation est nouvelle et impose d’y répondre de façon nouvelle, d'où la nécessité d'une nouvelle forme à construire en commun.
D'où cet appel destiné à tous ceux qui se sentiraient concerné(e)s, et aimeraient se coordonner, sur un mode qui reste à construire en tenant compte des singularités mais aussi de la nécessité d'un rassemblement.
Pour le forum du samedi 2 juin des rencontres de la Criée

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